Ce matin vous vous penchez sur « Renaissance », le laboratoire d’idées que Martine Aubry vient de lancer… Pour poser des jalons pour Matignon ?

Peut-être… sans doute même, mais Martine Aubry ne le dira jamais. Elle ne le dit -parait-il- même pas à ses amis politiques. Les stratégies de conquête du pouvoir, chez Martine Aubry, sont toujours implicites et bougonnes, difficiles à déchiffrer, même pour son entourage. Quand il s’était agit de s’emparer de la tête du PS, ses collaborateurs avaient tout préparé d’eux même. Elle ne leur avait jamais dit clairement « on y va, on prend le PS ! ». Pareil, avant d’annoncer sa participation à la primaire socialiste de 2011. Mais aujourd’hui, il n’y a pas 36 voies possibles, quand on crée un club de réflexion sur la politique nationale, qu’on trace une vision globale à moyen et long terme, ce n’est pas que pour la Mairie de Lille. Le texte fondateur de cette entreprise c’est une tribune publiée fin aout dernier dans le Monde , avec ce drôle de titre redondant « nouvelle renaissance ». C’est une ébauche de programme de gouvernement ambitieux… A le lire on comprend tout de suite que Martine Aubry ne postule pas à la présidence du LOSC.…On y sent une ambition de réforme à la hauteur de ce que fut, par exemple, la « nouvelle société » proposée par Jacques Chaban-Delmas en 1969. Martine Aubry vise donc Matignon. On ne le lui demandera pas de nous le confirmer tout à l’heure, ça ne sert à rien…elle ne nous répondrait pas et en plus elle nous enverrait sur les roses

Donc parlons du fond. Qu’y a-t-il dans ce laboratoire d’idée appelé « Renaissance » ?

Martine Aubry prétend toujours –c’était l’un des axes de sa campagnes des primaires- lier des grandes idées, une vision globale à des expériences de terrain, très concrètes… L’idée, là, c’est de créer non pas un think tank (un cercle de réflexion classique) mais un « do tank ». (do, ‘faire’ en anglais) C'est-à-dire d’inclure dans la réflexion théorique des expérimentations locales. C’est une façon de dire que tout ne peut pas venir d’en haut, tout ne peut pas se décréter ou se réformer par la loi… mais que la société doit réinventer de nouvelles solidarités. Et que le rôle des politiques devrait être de les susciter, les encourager. Dans le texte du mois d’aout Martine Aubry dit vouloir promouvoir « une économie de la coopération plutôt que de la mise en concurrence de tous, une économie du bien-être plutôt que du tout-avoir » . Toutes ces intentions ainsi affichées peuvent ressembler à du jargon de sociaux démocrates vaguement écolos, un peu en déshérence dans ce monde qui se morcelle et ou l’individualisme triomphe… Mais on y sent la spécificité aubryiste : l’attention aux rapports, non pas seulement sociaux, mais humains. La notion de « bien être » ne se trouve pas dans tous les discours politiques. Voilà bien une particularité de Martine Aubry qui avait aussi développé la théorie du Care (de l’attention, de la bienveillance, de l’entraide). Martine Aubry peaufine, au fil des années cette petite musique. Dans l’opinion, elle reste la dame des 35 heures, la représentante d’un socialisme classique …Alors qu’à Lille elle est plutôt innovatrice, notamment en matière d’éducation et d’ingénierie sociale dans les quartiers populaires par exemple. Dans le désert idéologique qui règne en ce moment au PS, Martine Aubry a un boulevard bien dégagé pour offrir, l’air de rien, une perspective de gouvernance et des idées neuves que les deux têtes de l’exécutif n’ont, pour l’instant, pas su proposés depuis mai 2012.

► ► ► POUR ALLER + LOIN > Le zoom de la rédactionAubry et Lille: une histoire d'amour (et de politique)

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.