Vous vous intéressez, vous aussi, ce matin à l’émission de D8 , Politique Undercover

Ce procédé rappelle celui du journaliste Günter Wallraff qui,​ dans les années 70,​ s’était grimé pour passer plusieurs mois (bien sûr sans caméra) dans la vie d’un travailleur turc. Vie qu’il a vraiment vécue, au long court. Cherchant du travail, travaillant vraiment et habitant vraiment dans des foyers pour immigrés. Günter Wallraff avait produit un formidable livre,​ Tête de Turc , ​qui avait ouvert les yeux à toute la République Fédérale d’Allemagne sur le sort misérable des immigrés et la banalité du racisme des années 80. Le spectacle que constitue l’émission de D8 est une pâle caricature de ce procédé journalistique. Le travail de Wall​raff passait par une vraie immersion compassionnelle, au sens littéral du terme, ​‘partager la souffrance ’, et non pas par la mascarade de D8 , au cours de laquelle il ne s’agissait que de jouer la souffrance, l’effleurer, comme on joue à mourir en se déguisant en cowboy.

L’objectif des producteurs était de réduire l’écart entre les politiques et la population.

Ça a surtout montré à quel point ceux qui ont accepté de participer à cette émission ont intégré l’idée de leur déconnexion avec la vie réelle. Or,​ certains comme Samia Ghali par exemple ne sont pas déconnectés​ du tout de la réalité. Samia Ghali a grandi dans les quartiers Nord de Marseille. Elle est l’élue d’arrondissements populaires, elle se coltine tous les jours cette réalité de la misère de certains de ses concitoyens. Ses déclarations à l’emporte-pièce, ses indignations jugées excessives par les états-majors, le sont souvent, justement, en réaction à la déconnexion des décideurs nationaux. Combien sont-ils (plus nombreux qu’on ne le croit) ces élus municipaux, surtout dans la France rurale, qui sont aussi des employés, des profs, des médecins, des agriculteurs, des commerçants, et même des chômeurs ? Ils connaissent parfaitement la vie des Français. C’est aussi la leur. La plus grande partie de ceux qui font vivre la démocratie au quotidien, sur le terrain, sont même quasiment bénévoles​. Et puis il y a les parlementaires cumulards et apparatchiks (​attention, Madame Ghali, en devenant Sénatrice et maire, vous risquez de ne plus avoir le temps d’être ni l’un ni l’autre. C​’est là que la déconnexion menace). Car voilà le vrai secret de la connexion : le temps ! Pour être de plein pied avec les Français, ​les politiques de premier rang devraient (certains le font) se trouver le temps d’être (sans caméras bien sûr) délégués de parents d’élèves​, bénévoles​ quelques heures par semaine dans une association caritative, prendre leur tour, avec les voisins,​ pour accompagner les enfants au foot, prendre le métro …​E​n réalité, faire des choses d’une simplicité biblique… ç​a ne devrait pas être si compliqué de vivre la vraie vie des F​rançais ! L’émission de D8 n’est pas une plongée dans la vie des ​F​rançais. Quand on se cache,​ c’est pour voir SANS être vu. C’est la différence entre la compassion et la mascarade… La mascarade est une pratique paradoxale : c’est l’art de se cacher POUR être vu !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.