Ce mouvement dont tout le monde avait, au départ, sous estimé l’ampleur…le gouvernement, comme nous même, les médias nationaux, ce mouvement est d’un type nouveau et original. Si l’on en croit tous les acteurs de la contestation mais aussi les élus et les connaisseurs des Antilles et de la Guyane c’est un mouvement identitaire autant que social. Mais c’est un mouvement identitaire original puisqu’il ne revendique pas de caractère indépendantiste, ou autonomiste ni de caractère strictement raciale. On a pu entendre beaucoup de récriminations contre les békés qui monopolisent et centralisent les richesses de la Guadeloupe notamment: S’il s’agit de remettre en cause un ordre social, hérité de la colonisation et de l’esclavage, les arguments raciaux ne sont jamais mit en avant comme premier facteurs des inégalités. Hier, dans le Journal du Dimanche, Christiane Taubira, la député de Guyane qui manifestait avec les guadeloupéens s’insurgeait à l’idée que l’on puisse voir dans ce mouvement un aspect racial. Pourtant les békés, sont blancs, même si un certain métissage s’est opéré dans plusieurs familles depuis des décennies… En vérité, il y a forcement un aspect racial dans ce conflit inhérent à l’histoire des deux iles antillaises et de la Guyane française mais le fait qu’il ne soit que sous-jacent et pas revendiqué comme tel par les dirigeants de ce mouvement lui donne une force supplémentaire. Un conflit difficile à regler Il ne suffirait plus de condamner fermement les propos racistes de certains békés. Il ne suffirait plus réformer le statu des Dom pour délivrer plus d’autonomie. Il ne suffirait plus, non plus de donner satisfactions aux revendications salariales. Il faut sans doute remettre en cause un ordre social, une organisation basée sur une domination économique d’un petit groupe de privilégiés et d’héritiers. Organisation inégalitaire qui a longtemps paru vivable et acceptable grâce à la compensation que pouvait fournir l’Etat, la métropole en termes d’infrastructure, d’emplois publics et une politique néogaulliste, chiraquienne et paternaliste. Partant de ce constat, il parait logique que le gouvernement ne vienne pas, en quelque sorte subventionner le patronat guadeloupéen en finançant l’augmentation des salaires de 200 euros réclamée par les grévistes. Il n’est pas dit qu’il ne finisse pas par le faire sous la pression mais, pour l’instant en refusant d’apporter une solution apparemment classique, il reporte la pression sur le patronat guadeloupéen. Et c’est là que l’on se dit que l’exécutif n’a fait que la moitié du chemin. Il faut maintenant que l’Etat mette officiellement en cause les monopoles et plus globalement la répartition des richesses aux Antilles. Yves Jégo, des médiateurs ou même un comité interministériel n’auront pas l’autorité politique suffisante pour remettre en cause, par exemple le monopole de la Sara, la société anonyme de la raffinerie des Antilles qui contrôle, seule l’approvisionnement des iles en carburant…donc les prix! Pour l’instant le Président, si volontariste, si prompt à sauter sur toute crise pour tenter de la résoudre, le président qui vient de déclarer crânement –parlant de la crise mondiale- qu’il ne se plaignait pas d’avoir à « gérer la crise du siècle » reste bien silencieux sur ce dossier guadeloupéen. Remettre en cause l’ordre existant aux Antilles, voilà pourtant un beau dossier de Rupture, pour reprendre un slogan de sa campagne.

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