Ce matin, un peu de tactique politique ! Oui, c’est ça aussi la politique, de la tactique. C’est même très souvent ça. On tente de vous la décrire histoire de montrer qu’on n’est pas dupe. C’est vrai que c’est toujours un peu pareil. Hier encore, on parlait de l’inusable, mais efficace, coup du débat sécuritaire à l’approche d’un scrutin. Un classique. Ils le font, on le décrit, ils le refont et ils n’ont d’ailleurs pas tort puisque jusqu’ici ça marche. Jusqu’au jour où ça ne marche plus parce que la tactique est trop évidemment tactique ! Nous avons eu le cas typique avec le débat sur l’identité nationale. En politique, bien souvent, plus c’est gros plus ça passe mais parfois quand c’est vraiment énorme ça coince. Toutes ces considérations d’une haute portée politique pour, en réalité, vous parler d’une tactique magistralement effectuée cette fois-ci, par Nicolas Sarkozy sur la question des retraites. Elle vient de se produire devant nos yeux…si vous l’avez perçu vous ne pouvez qu’applaudir l’artiste, si vous n’avez rien vu c’est justement parce qu’elle est particulièrement réussie. De quoi s’agit-il ? D’une feinte que l’on pourrait comparer à la feinte rugbystique dite du «faux trou». Le «faux trou» c’est donc un terme de rugby. Au rugby, pour effectuer cette manœuvre, deux défenseurs s’écartent un peu l’un de l’autre pour faire mine de desserrer les mailles du filet, de faire un «trou» dans la défense, pour attirer l’attaquant et donc le dissuader de passer la balle vers l’aile. A ce moment-là, vous resserrer la défense et l’attaquant est coincé. Cette tactique a très bien été utilisée en fin de match, dimanche dernier par les Anglais face aux Italiens et par Nicolas Sarkozy hier sur les retraites face aux syndicats et aux socialistes. Il nous faut plus d’explications ! Toute la semaine, l’Elysée avait laissé fuiter, via des conseillers qui s’adressaient aux syndicalistes de façon informel, l’information selon laquelle Nicolas Sarkozy ferait du…Nicolas Sarkozy. C'est-à-dire que sur les retraites, il avait décidé d’aller vite, de négocier au pas de charge, voire de ne pas négocier du tout pour finalement faire voter la réforme en douce, pendant l’été…pire, pendant la Coupe du monde de foot. Le «faux trou» parfait ! Comment les syndicats et le PS qui sont divisés et polyphoniques, pour ne pas dire cacophoniques sur les retraites, pouvaient-ils résister et ne pas s’engouffrer dans cette brèche. Critiquer le président sur une méthode évidemment critiquable, c’était si tentant, si habituel ! «Le président veut passer en force, il veut escamoter le débat» entendait-on jusqu'à hier matin, ici même, à ce micro par la voix de notre invité Bernard Thibault, pour la CGT. C’est à ce moment-là que, lors de l’ouverture du sommet social à l’Elysée, le président à boucher le «faux trou». Contrairement à ce que laissait entendre son entourage, il allait prendre le temps de l’évaluation commune, voire de la négociation. On commencerait en avril pour finir à l’automne ! Quelques semaines de plus seulement mais une loi en plein jour, en septembre, après 6 mois de discussions, c’est évidemment moins critiquable. Dénoncer la méthode dans ce contexte devient très limité. Nicolas Sarkozy a donc, pour l’instant, efficacement désamorcé la critique sur la méthode en décidant de ne pas faire du Nicolas Sarkozy. Le débat va pouvoir avoir lieu sur le fond. Si les syndicats sont divisés, le PS n’a pas encore une ligne limpide. Ça viendra sans doute mais du point de vue de l’Elysée, pour éviter la réussite d’un printemps social mouvementé, il fallait absolument lever l’hypothèse du passage en force… Je sens que vous ne regarderez plus le rugby de la même façon, Nicolas !

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