Au lendemain de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, vous vous intéressez à son slogan « la France forte » ! Oui et pour l'analyser, appliquons lui le même traitement que nous avions appliqué à celui de François Hollande. Pour mieux apprécier la pertinence d'un slogan, il faut d'abord tester son contraire, voir si ça a du sens. « Le changement c'est maintenant » de François Hollande, souvenez-vous ça donnait « le statu quo c'est plus tard ». Un non-sens ! On en avait simplement conclu que le candidat socialiste avait, pour, son premier slogan, voulu préempter le thème du changement. Parce qu'au départ les communicants de Nicolas Sarkozy réfléchissaient aussi à ce thème du « changement », toujours porteur dans une élection puisqu'une consultation électorale c'est une opportunité pour chacun de participer à un changement. On se déplace plus facilement pour changer que pour conserver. Bien sûr, il y a toujours une grande difficulté, pour le sortant à incarner le changement. Le président a donc choisi « la France forte » sur les conseils de l'agence Aubert Storch -c'est l'agence qui a trouvé « zéro blabla, zéro traca » pour une célèbre mutuelle. Le slogan (la France forte) est cohérent puisque la « France faible », l'inverse, a du sens et un sens négatif. Quel en est le message ? Il signifie que la France a résisté à la crise (il prend en compte le bilan) et suggère une perspective. « La France forte », semble aussi vouloir combattre l'idée que notre pays, sa spécificité, son modèle, se délitent dans l'océan de la mondialisation. La « France Forte » contrecarre ce sentiment de déclassement national. Une France forte c'est plus de pouvoir pour celui qui est à sa tête, pour imposer une régulation de la finance, par exemple, ou tout simplement notre vision du monde. La faiblesse de ce slogan, c'est que c'est un truisme. Oui, tout le monde est pour une France forte ! Ou tout du moins, personne n'est pour une France faible. Un truisme ne dit pas grand-chose. Il peut même, au moment où la France forte perd son triple A, faire un peu « gonflette nationale ». « La France forte » rappelle un autre truisme : « la France unie » de François Mitterrand en 1988, slogan en forme de titre. C'est, en fait, la loi du genre. Un Président qui se représente ne peut qu'affirmer une évidence un peu plate. Il ne peut pas adopter un slogan revendicatif parce que le sortant est responsable de l'état du pays ! Toujours cette jurisprudence du désastreux « il faut un président à la France » de Valéry Giscard d'Estaing en 1981. Et figurez-vous que justement, l'un des slogans de Giscard 81 c'était « il faut une France forte ». L'erreur est bien sûr dans le « il faut » qui veut dire qu'elle ne l'est pas sous la présidence sortante. L'erreur n'est donc pas commise cette fois-ci. Hier le Président a aussi parlé de sa force à lui. « Je veux mettre ma force au service du pays ». L'affiche suggère également la force de l'homme. Il y a du combat de coqs ! Une façon de remettre les compteurs à égalité en ce début de partie. Ce n'est plus du 60/40 c'est du zéro/zéro, on monte sur le ring et tout est possible. Enfin, on peut voir dans ce choix de la « France Forte » une allusion, sans doute involontaire, à ce qui opposa François Hollande et Martine Aubry pendant la primaire. Souvenez-vous, Aubry défendait une « gauche forte » face à un Hollande qui était censé représenter une « gauche molle ». Nicolas Sarkozy serait-il en train de signifier que François Hollande incarnerait une « France molle » ? Ce serait assez risqué, Martine Aubry peut en témoigner.

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