Oui le pragmatisme est invoqué pour toutes les réformes engagées par la majorité.

 Ni droite, ni gauche : pragmatique. On ne regarde pas d’où vient une idée, on regarde si elle est bonne ! La règle c’est l’efficacité ! Voilà le genre de phrase frappée au coin de l’évidence, répétée par les «pragmatiques». Le « pragmatisme » est à la technocratie ce que le «bon sens» est au populisme : le point abouti de la désidéologisation… En réalité, ce qui est censé n’être qu’efficace sert forcément une vision du monde. Efficace oui, mais à quoi ? C’est toujours la seconde question que l’on doit poser à un «pragmatique». Il vous répondra : «par exemple à faire baisser les chômage». Mais alors «réduisons tous les salaires de 50% et les entreprises embaucheront à tour de bras» pourrait-on répondre… sauf que pour vraiment être efficace, il faut que ce soit aussi acceptable par une partie importante du corps social, vous dira le pragmatique ! Mais à quelle partie du corps social ? Et c’est là que, forcément, l’idéologie jetée  par la porte revient par la fenêtre. Le pragmatisme comme efficacité chimiquement pure est une mystification ! Par exemple, en écologie, qu’est-ce qu’être pragmatique-efficace ? On peut dire, comme Edouard Philippe, que pour respecter nos objectifs de réduction d’émission de carbone, il faut garder le nucléaire à un haut niveau... Imparable, pragmatique. Mais on peut dire aussi le contraire, comme Nicolas Hulot : pour une transition énergétique dans la durée, il faut baisser drastiquement la part du nucléaire (qui n’est pas renouvelable) afin que tous les crédits s’orientent vers les énergies renouvelables. Imparable,  pragmatique! Où l’on découvre donc qu’il y a plusieurs pragmatismes… 

Donc le pragmatisme d’Emmanuel Macron est un trompe-l’œil ?

Disons qu’il n’est pas si dénué d’idéologie que cela ! Mais reconnaissons-lui une vertu. On ne sait pas encore s’il est efficace mais au moins il décloisonne et permet d’agir. Regardez l’éducation. Il y avait des mesures à prendre (des mesures qui ne sont pas neutres idéologiquement) qui n’étaient pas prises parce que le poids des chapelles, des symboles et totems –dans tous les camps- était devenu autobloquant. Dans de nombreux domaines, rien ne se passait plus ! Trop de droits formels qui n’étaient plus efficaces, trop de statuts protecteurs qui ne protégeaient plus que l’immobilité sociale. La France se sentait lestée par une sorte de déprime et les idées  semblaient claquemurées dans des cases hermétiques. Les élus, devant un projet de loi, quel qu’il soit, s’intéressaient plus à l’identité politique de son auteur, qu’à l’effet qu’il pourrait produire. Dans ce sens-là, on peut dire que le pragamatisme-décloisonnant macronien a une certaine efficacité. Mais la majorité ne pourra pas prétendre encore longtemps que c’est la seule efficacité qui la guide, il faudra bien déterminer plus clairement de quelle vision du monde cette efficacité est au service ? Parce que sans un but, sans une vision de la société, au 1er accroc, à la 1ère expérience d’inefficacité quand viendront les résultats (qui nécessairement ne seront pas tous mirifiques), toute la belle architecture du marcronisme pragmatique peut s’effondrer…

 

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.