Au-delà de l’aspect courageux, bouleversant, de la prise de parole d’Audrey Pulvar, en soutien à ses cousines qui venaient d’accuser son père de les avoir abusées, un passage de son intervention avait, l’air de rien, un caractère très politique qu’il convient de souligner.

 Inceste : la libération de la parole
Inceste : la libération de la parole © Getty / Baac3nes

Audrey Pulvar, candidate aux régionales en Ile-de-France, a tenu à récuser les analyses de certains de ses soutiens laissant entendre que le timing des révélations était une manœuvre, un coup bas de campagne. Il est très rare qu’une personnalité mise en cause de la sorte (même indirectement) et qui, dans le même temps, est engagée dans une campagne, refuse le feu de tout bois et ne cherche pas à en profiter pour se "victimiser". Cela peut paraître une évidence mais c’est rarissime. 

En coupant court à cette idée, Audrey Pulvar se passe d’une arme facile et souligne, ainsi, en y apportant sa contribution, son histoire personnelle, la gravité de ce moment de libération de la parole que notre société est en train de vivre. Un moment fondamental qui dépasse tous les combats et enjeux de pouvoir en cours…  

Au-delà du niveau politique, des répercussions au moins sur le droit

Le ministre de la Justice, Éric Dupont-Moretti, souhaite qu’un mineur qui accuse un membre de sa famille d'agression sexuelle n'ait plus à prouver qu’il n'était pas consentant. Voilà qui parait la moindre des choses, demandée depuis longtemps par de nombreuses associations. L'acte sexuel incestueux, systématiquement présumé non-consenti, serait une évolution du droit spectaculaire puisqu’il s’agirait d’une exception en matière de charge de la preuve. 

Le sujet de l’inceste et plus généralement de l’abus sexuel à l’encontre de mineurs explose grâce à une libération de la parole qui met en cause des personnalités. Ces affaires sont symptomatiques puisqu’un Français sur dix affirme avoir, d’une façon ou d’une autre et à des degrés divers, été victime d’agression sexuelle dans son enfance. Les signalements se multiplient auprès des associations et des cabinets d’avocats. L’émotion et le sentiment qu’une nouvelle époque des relations humaines s’ouvre vont entraîner des changements du droit et de l’action de la justice. 

Des avocats signaient hier, d’ailleurs, une tribune inquiète dans Le Monde, par laquelle ils constataient que le parquet (sous le poids des accusations du tribunal médiatique et des réseaux sociaux) pouvait construire artificiellement une culpabilité en dehors de toute procédure équitable… il faudra donc que le politique se penche sur la meilleure façon de prendre enfin en compte la soif légitime de justice des victimes, sans détruire les fondements du droit

La teneur du témoignage des cousines d’Audrey Pulvar, de Camille Kouchner, ou de Coline Berry nous invite à une somme de réflexions personnelles et collectives bien au-delà de la politique puisqu’il s’agit de questions de civilisation, de questions anthropologiques, du résultat de siècles de domination masculine dont il va bien falloir sortir. C’est ce que nous disaient hier la dignité et la force de la parole d’Audrey Pulvar

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