Hier, le premier ministre, François Fillon, présentait ses voeux à la presse. Il était un "nouvel homme". Presque 9 mois qu'on se moque, qu'on le plaint, ou pour le moins, qu'on mesure la difficulté de son job : être le premier ministre de Nicolas Sarkozy. En petit comité, François Fillon a raconté tout l'automne qu'il courrait plus vite que le président, et on se disait que c'était un drôle d'endroit pour y placer son orgueil. A la rentrée, il se rebiffe, ici, à France Inter, contre le condescendant "collaborateur" susurré à son endroit par Nicolas Sarkozy, mais on se dit qu'il n'a pas fini de boire le calice jusqu'à la lie. Il avoue un jour imprudemment que c'est Nicolas Sarkozy qui le cantonne à Matignon, quand lui aimerait aussi partir à la rencontre des Français, et on n'en revient pas de tant d'obéissance. On claironne donc que le président a dissout la fonction de premier ministre et on assure que François Fillon n'existe pas. Se serait-on trompés ? Hier en tout cas, on l'a rencontré ! François Fillon a semble-t-il trouvé un truc pour exister : faire de la contre programmation à Nicolas Sarkozy, afficher sa différence ! Il fallait y penser à ce beau slogan non ? ça tient à de petites choses... Nicolas Sarkozy est resté dans ses murs dorés élyséens en ce début d'année ? Ringard. François Fillon se délocalise à la "cité de l'architecture". Et présente ses voeux entre la maquette de la cathédrale de Chartres et la statue de la vierge de Saint-Nectaire. C'est hyper tendance le religieux en ce moment au plus haut sommet de l'Etat. Nicolas Sarkozy annonce à grands renforts de tambours et trompettes une conférence de presse ? François Fillon plagie habilement l'exercice. Il s'organise sa conf à lui, questions/réponses, il fait tout tout seul, et ça marche ! Nicolas Sarkozy se complaît dans l'étalage de sa vie privée, se vante comme un ado "qu'avec Carla, c'est du sérieux" ? François Fillon, lui, est d'une discrétion de chanoine et préfère parler de sa "politique sérieuse". Nicolas Sarkozy aime "se payer" les journalistes ? François Fillon les flatte "je suis heureux quand je suis avec vous "flagorne"-t-il. Il en fait presque trop ! François Fillon apparait hier en tout cas pour la première fois comme assumant son rôle de chef de gouvernement. Il se félicite de l'accord intervenu sur le contrat de travail, persuadé que c'est lui, ex ministre du travail, qui a permis ce succès de la démocratie sociale. Il recadre ses ministres. Entre Boutin et Amara, il choisit de donner raison à la seconde sur la politique de la ville. Il pique leurs résultats à d'autres et annonce en avant première, les chiffres de la délinquance. Il se fait chef de guerre pour les municipales : on objectif c'est tout simplement de les gagner. Il vante les réformes de structure pour augmenter le pouvoir d'achat, pas peu fier d'avoir convaincu Nicolas Sarkozy de ne pas dépenser plus, quand sa première priorité, dit-il, est d'arrêter de vider des caisses de l'Etat déjà vides. Alors assiste-t-on à un ré-équilbrage des pouvoirs ? Si visiblement, il faudra attendre la réforme constitutionnelle pour que l'exécutif fasse un peu plus cas du parlement, malgré la grogne croissante des élus notamment UMP, qui se sentent de plus en plus "squizzés", contournés par l'Elysée. Le premier ministre semble au moins vouloir reprendre sa place. C'est une bonne chose. D'ailleurs Nicolas Sarkozy ne devrait pas prendre ombrage de re-concéder un peu de son pouvoir. Après tout, un premier ministre qui existe, c'est aussi un premier ministre qui peut servir de fusible.

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