Retour, en ce moment, des affaires politico-financières. Il y a plusieurs affaires qui risquent d'empoisonner la vie politique de ces prochains mois. La plus impressionnante, la plus complexe est sans doute l'Angolagate, une affaire de trafic d'armes, jugée en ce moment à Paris après 8 ans d'enquête. Une affaire dans laquelle on trouve les noms de beaucoup de monde, à droite comme à gauche, dans laquelle Charles Pasqua est cité ainsi que son ami Jean-Charles Marchiani - celui là même qui, emprisonné dans le cadre d'autres affaires de corruptions, a bénéficié d'une grâce présidentielle à Noël ! Pour apprécier l'extraordinaire complexité et l'ampleur de l'Angolagate, qui rappellera le film « Lord of War » à ceux qui l'on vu, il faut lire le dernier numéro de la revue XXI et l'enquête de Jean-Pierre Perrin qui retrace, documents et témoignages à l'appui, la saga du milliardaire Arkadi Gaydamak et de ses relations avec les services français. Sur une autre affaire, beaucoup plus modeste mais emblématique puisqu'il s'agit du département du Président, on découvre dans « Le Canard Enchainé » de cette semaine, que la juge d'instruction Pascale Simon, qui enquête sur une dizaine de millions d'euros de fausses factures, réglées par le Conseil Général des Hauts-de-Seine donc, ne peut plus travailler. Depuis octobre, la police, sensée être le bras de son investigation, ne répond plus à ses sollicitations. L'enquête est au point mort ! Un peu comme si, dans les Hauts-de-Seine, le juge d'instruction avait déjà disparu, juste au moment où l'investigation menait Pascale Simon à des proches du couple Balkani ! Il y a d'autres affaires, de moindre ampleur, mais qui prennent un mauvais tour et qui touchent plutôt des symboles moraux des années 90 : SOS Racisme et Bernard Kouchner dans des affaires distinctes. Ce n'est pas SOS racisme qui est mis en cause mais l'un de ses créateurs qui est aussi une figure du PS : Julien Dray. Le site internet de l'Est Républicain publiait mercredi la liste de ses multiples comptes bancaires et de ses dépenses somptuaires depuis 2005, ce qui alimente le soupçon de détournement de subventions. Un livre de Pierre Péan est en préparation sur Bernard Kouchner, qui détaille les bonnes affaires, pas forcément illégales mais politiquement embarrassantes, que le ministre des affaires étrangères a faites, via une entreprise de conseil appartenant à l'un de ses amis diplomates, avant son entrée au gouvernement. Il s'agit de contrats passés avec le sulfureux gouvernement d'Omar Bongo, le Président, éternellement réélu du Gabon. De quoi éclairer le peu de combativité du Ministre sur le dossier de l'abandon de la réforme de la politique dite de Françafrique ! Mais quid du secret de l'instruction ? Toutes ces affaires ne sont pas jugées et la presse en parle. Heureusement que la presse en parle. Si, cette semaine, le « Canard Enchaîné » ne dénonçait pas ce qui arrive au juge d'instruction des Hauts-de-Seine, par exemple, la course de lenteur imposée à la justice dans bien des affaires politico financières continuerait. La plupart du temps, quand des affaires sortent dans la presse c'est, il faut l'avouer, c'est une façon pour les enquêteurs de s'opposer aux obstacles que les politiques, de tous bords, tentent de placer sur leur route. Et il faudra, dans un contexte de crise et de morosité ambiante, faire attention aux réactions du type « tous pourris ». Ça ne veut pas dire qu'il faut que la presse se modère, au contraire. La médiatisation des affaires politico-financières des années 80 et 90 a permis d'aboutir à la mise en place de lois de moralisation du financement de la vie politique relativement efficaces. Mais on sent bien qu'il existe, en haut lieu, une tentation de dépénalisation des affaires financières. François Fillon, justifiant la prochaine disparition du juge d'instruction, avait dit : « le secret de l'instruction est une farce, en France. » Il a raison mais c'est d'abord parce que l'indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs est une farce plus préoccupante encore !

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