La perte du triple A et ses répercutions politiques.

Pour la gauche il y a un dilemme : Faut-il dénoncer le « noteur » ou le noté ? Elle ne peut pas faire les deux à la fois et selon qu’elle choisit l’un ou l’autre, elle donne aussi sa vision de l’économie et de la société. Jean-Luc Mélenchon qui dénonce les agences, grandes prêtresses du libéralisme, se pose en résistant face au système. Il ne s’offusque pas de voir la France perdre les faveurs d’un instrument de mesure pervers et qui se trompe. D’ailleurs sa première réaction, très logiquement, a été d’appeler à une manifestation devant les bureaux parisiens de Standard and Poor’s. François Hollande, lui, entrevoit les répercutions probables de la dégradation sur son programme et sa future éventuelle politique à la tête de l’Etat : renchérissement du crédit et difficulté supplémentaire pour financer les réformes. Il n’a pas foncièrement remis en cause la note ni les agences mais a tapé fort sur le Président et le gouvernement. Réaction totalement opposée, donc, à celle de Mélenchon. Ces deux attitudes contradictoires dénotent, s’il en était encore besoin, la séparation idéologique rédhibitoire entre les deux gauches.

A droite, on encaisse le coup .

Oui et cette dégradation se produit de la pire des manières pour Nicolas Sarkozy. Nous sommes les seuls parmi les six pays triples A européens à être ainsi déclassés. Si la note avait été donnée à la fin du mois, après la publication de la plate-forme de François Hollande, la majorité aurait pu tenter d’expliquer que les perspectives de la France sont plombées par le programme socialiste. L’affaire peut s’avérer très compliquée pour Nicolas Sarkozy qui a beaucoup glorifié la culture du chiffre, de l’évaluation, du résultat et de la responsabilité ; le voilà servi ! On pressent déjà, dans les premières déclarations que la position churchillienne, « du sang, de la sueur et des larmes » va être puissamment activée. C’est une position difficile à tenir sans dire en même temps qu’il faudra une bonne cure d’austérité. Visiblement ce n’est pas la voie que veut suivre le Président qui distingue rigueur et austérité et qui ne veut pas, par exemple de baisse de salaires de fonctionnaires afin de ne pas casser toute perspective de reprise. Les ressorts politiques habituels du sarkozysme sont mis à mal : le volontarisme incantatoire a vécu et un surcroît d’assurance peut être dévastateur. A l’inverse, comment esquisser un mea-culpa sans inquiéter son auditoire ? Le thème sera surtout le courage de la réforme, le courage du chef. Hier Jean-François Copé n’a pas vraiment démenti cette idée qui traine dans la majorité de supprimer la cinquième semaine de congés. La flexibité -le temps de travail- devrait être un axe de la campagne dite « courageuse ». Mais attention, le courage en politique est une notion dangereuse à manier. Par nature, on ne se proclame pas courageux sous peine de faire passer ce courage, au mieux pour du simple culot, au pire pour de l’imposture. Fénelon disait : « il ne faut point que le courage de celui qui commande aux autres puisse être douteux ». Le courage de réformer à trois mois de la fin d’un mandat peut aussi ressembler à une forme de « quitte ou double » tacticien. Ce sera tout l’enjeu pour le candidat Sarkozy et certainement sa dernière chance : convaincre que son courage en est vraiment et surtout que son courage peut encore avoir prise sur le réel.

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