Ce matin Thomas Legrand s'intéresse au mécanisme de la primaire…

Oui, la primaire des socialistes, après celle de la droite, révèle que cet exercice (qui n’a au fond que 5 ans, sous cette forme très ouverte) est mue par des mécanismes bien particuliers. En 2011, ceux qui avaient voté à la primaire du PS n’avaient pas été des électeurs mais des sélectionneurs. Ils avaient désigné, en stratèges, le candidat qui avait le plus de chance de battre Nicolas Sarkozy. Ce ne fut donc pas la candidate du cœur idéologique socialiste, et qui détenait l’appareil Martine Aubry, qui l’a emporté mais bien celui qui, plus pondéré, était à même de remplir la 1ère mission que les électeurs de gauche assignaient à leur candidat : battre Sarkozy. 2011 fut donc une primaire plutôt désidéologisée, qui répondait à des mécanismes, liée à l’incertitude, au fait qu’il n’était pas sûr du tout que la gauche l’emporte en mai 2012.

Les primaires de la droite en novembre et celles du PS et de ses alliés en ce moment sont d’une autre nature ?

Oui, et les mécanismes de ces primaires diffèrent de ceux de 2011. Les électeurs de la droite et du centre qui ont désigné François Fillon n’ont pas agi (comme les électeurs de gauche en 2011) en stratèges mais ont véritablement fait un choix politique, idéologique. F.Fillon représente le point d’équilibre politique des électeurs de la primaire de la droite. Et il y a une raison : persuadé –c’était avant l’ancrage de l’effet Macron- persuadé que le vainqueur de leur primaire avait toutes les chances de gagner la présidentielle, l’électorat de droite qui s’est déplacé en novembre, n’avait pas besoin d’agir en sélectionneur, pour désigner le meilleur candidat mais pouvait se permettre de faire un choix purement idéologique ou programmatique : libéral sur les questions économiques, conservateur sur le reste. De même (et pour une raison inverse) les électeurs socialistes, qui savent confusément que le vainqueur de leur primaire a très peu de chance de gagner en mai prochain, peuvent se permettre de favoriser un candidat, qui n’a pas forcément un profil présidentiel, mais qui, au moins, correspond à leurs convictions. Ce mécanisme-là, en ce moment, favorise Benoit Hamon qui a le vent en poupe. Mais ce mécanisme comporte un biais sociologique : La population qui vote aux primaires (de droite ou de gauche) ne ressemble pas aux peuples de droite ou de gauche dans leur ensemble, au peuple (40 millions de personnes) qui votera en avril et mai prochain. Les (en tout) 5 ou 6 millions d’électeurs des primaires sont plus informés, férus de politiques, ils possèdent un fort capital culturel (et donc souvent économique). Ces populations, sociologiquement ou économiquement typées, ont favorisé F. Fillon et nourrissent la dynamique B. Hamon. Mais sur le terrain une dynamique populaire, beaucoup plus large et puissante, en ce moment, favorise des candidats hors primaire, qui de ce fait incarnent plus facilement (même si cela peut comporter une part d’artifice) l’antisystème si prisé en ce moment. A gauche, la dynamique porte Jean- Luc Mélenchon mais surtout Emmanuel Macron. Les primaires, sont censées rapprocher les politiques du peuples, en réalité, elles génèrent des mécaniques et des discours qui pourraient bien les en éloigner.

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