Alain Juppé décide de ne plus payer ses cotisations à LR …

Oui le maire de Bordeaux finasse un peu, à la façon d’un stripteaseur,  il effeuille doucement, depuis l’élection, ses oripeaux LR, les envoie balader, l’air de rien... Il avait commencé par évoquer un axe central pour les élections européennes de 2019, puis il a manifesté une superbe indifférence lors du processus de désignation du président de son parti, et maintenant il ne paie plus sa cotisation… Dans quelques  mois il quittera LR… on en sera alors au top de la tension de l’effeuillage ! Et là…hop, il adhérera à La République En Marche avant les Européennes ! Oh, d’ailleurs il ne sera peut-être pas la peine d’aller jusque-là… les vrais chippendales gardent toujours, quand même, un petit quelque chose sur eux à la fin, question de dignité. Mais Alain Juppé sera, de toute évidence, dans la majorité. Et c’est logique, on ne voit pas ce qui pourrait ne pas lui plaire dans l’action d’Emmanuel Macron. Peut-être un aspect de sa politique étrangère : la Syrie. Mais Wauquiez, sur ce sujet, est encore plus éloigné des positions de Juppé. Après Dominique Bussereau, le président de Charente Maritime, JP Raffarin, et parallèlement au retrait réprobateur de Xavier Bertrand, c’est donc un pan important des Républicains, modérés et sociaux, qui se dit que, « non, décidément Laurent Wauquiez ne se recentra pas ». Dans le monde ancien, on prenait le parti néogaulliste par la droite (en capitaine de cavalerie comme Chirac, à coups de transgressions autoritaires comme Sarkozy), puis l’on se recentrait pour rallier les notables modérés. Il en allait ainsi parce que le candidat adverse naturel qu’il fallait battre, pour garder ou récupérer l’Elysée, était un socialiste, allié aux communistes qui promettaient le grand soir avant de gouverner au centre… comme tout le monde. Une grégarité de droite et du centre se créait comme un précipité chimique, par une union sans confiance mais solidifiée par le meilleur des ciments: la peur de perdre. 

Là, la donne est différente 

Oui, Wauquiez doit se préparer à affronter un président centriste… Il y a quelques mois, il pouvait encore agiter le chiffon rouge, dire qu’Emmanuel Macron était de centre gauche, donc de gauche… aujourd’hui c’est plus difficile. Il est obligé d’en rajouter sur ce président qui n’aimerait pas les paysans, la culture française, bref la France. Il sombre dans la délégitimation de Macron faute d’arguments plus politiques. De plus, le champ des conquêtes qui s’ouvre à LR est du côté du FN, dont les nombreux électeurs peuvent, à bon droit, être lassés de la médiocrité et de l’amateurisme des cadres du parti d’extrême droite ! De l’autre côté de l’échiquier, à gauche, il en va de même. Le PS ne se radicalise pas, lui, mais il disparait, alors que LFI incarne une opposition forte mais pas encore une alternative crédible. Ainsi l’immense zone centrale, occupée par LREM, un parti tout neuf et sans véritable colonne vertébrale, offre au président une latitude inégalée. Tant mieux pour lui… tant pis pour la qualité et la complexité des débats qui devraient animer une démocratie moderne et adulte, entre une majorité solide et une opposition forte. 

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