Nicolas Sarkozy est en déplacement à Prague aujourd'hui. L'objectif affiché est d'atténuer l'impact du NON irlandais au Traité de Lisbonne. Cachez ce "No" que nous ne saurions voir. Voilà le mot d'ordre en France et en Europe face à ce nouveau camouflet populaire ! On le minimise ce "No", on l'habille, on le "sémantise", il n'est ni une catastrophe, ni une crise, non juste une complication, un "incident", disait dès vendredi Nicolas Sarkozy. On s'apprête donc à le contourner, voire à l'ignorer. Non, ils ont vraiment répondu NO les Irlandais ? Et bien qu'ils revotent sur le traité de Lisbonne, et vous verrez à la fin, ils diront Yes ! Eh oui, c'est une des solutions envisagées aujourd'hui. Après tout, les danois s'y sont pris à 2 fois pour accepter le traité de Maastricht, et les Irlandais, décidément joueurs et récidivistes, à 2 fois également pour le traité de Nice. En fait, le seul homme politique, à avoir mesuré l'ampleur des dégâts causés par ce référendum, c'est Jean-Pierre Jouyet. Vendredi, le secrétaire d'Etat aux affaires européennes n'a pu réfréner ce cri du coeur "je suis effondré", s'est-il exclamé. Effondré sans doute comme l'est le rêve européen, dans l'imaginaire de citoyens rongés par le scepticisme. Mais quelques minutes plus tard, Jean-Pierre Jouyet se faisait rattraper par le politiquement correct. "L'Europe n'est ni en panne ni en crise", se croyait-il obligé de corriger. La consigne venait d'en haut, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, parents déçus d'un bébé que les Irlandais venaient de jeter avec l'eau du bain, proclamaient solennellement : Lisbonne pas mort, on continue ! Mais ce NO irlandais tombe particulièrement mal pour Nicolas Sarkozy, qui s'apprête à prendre la présidence de l'union dans 15 jours. C'est vrai, mais le premier moment d'abattement surmonté, "effondré", disait Jean-Pierre Jouyet, le discours officiel à l'Elysée est désormais de dire : ce "non" est finalement une chance historique pour l'Europe, et même une opportunité pour Nicolas Sarkozy de démontrer son dynamisme, son savoir faire, sa capacité à réconcilier le projet européen avec les citoyens concernés. Bon... Après tout, si Paris dans les 6 prochains mois, parvient à répondre aux préoccupations concrètes et immédiates des citoyens, à faire comme, disait hier Michel Barnier, "la preuve du projet européen", à apporter des bribes de réponses aux crises pétrolière, alimentaire, financière qui secouent le monde, tiens pourquoi pas d'ailleurs en revenant sur l'idée française de plafonner la TVA appliquée aux produits pétroliers, à rassurer aussi des travailleurs toujours plus inquiets d'une législation sociale qu'ils ressentent comme toujours plus fragilisée... et bien Nicolas Sarkozy pourra se prévaloir d'un beau et bon bilan. Mais attention à ne pas se tromper de priorité. L'objectif essentiel n'est pas d'exercer une pression trop forte et trop voyante sur les 8 Etats qui n'ont pas encore ratifié le traité, pour avancer coûte que coûte dans l'application du traité de Lisbonne. C'est pourtant ce que va essayer de faire Nicolas Sarkozy à Prague aujourd'hui. Il n'est pas de chercher un compromis à tout prix, une argutie "techno- juridique" pour savoir comment contourner l'expression souveraine d'un peuple. Il n'est pas de ruser pour tenter d'imposer une Europe à laquelle les dirigeants européens et eux seuls n'ont jamais cessé de croire, mais qui a perdu la confiance des opinions publiques. Non, la priorité reste bien de répondre au NO irlandais, d'en comprendre les raisons. Et sont-elles si différentes de celles qui ont poussé les Français à rejeter le projet de constitution européenne voilà 3 ans ? Aujourd'hui, nous sommes tous un peu irlandais. Et à vouloir trop vite escamoter ce No qui n'est pas seulement celui de nos voisins, l'effacer d'un coup de gomme, Paris prendrait l'immense responsabilité de creuser un peu plus encore le fossé qui sépare désormais les citoyens européens de l'idéal européen.

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