Manuel Valls, le député maire d'Evry, s'est déclaré dimanche, candidat aux éventuelles primaires socialistes. N'est-ce pas un peu tôt ? Sûrement et en même temps peu importe. Dans quelques jours, François Hollande à Lorient fera aussi un discours sans ambiguïté sur ses intentions. On peut citer Pierre Moscovici qui se dit tout haut « pourquoi pas moi ». Martine Aubry l'est sans doute, du simple fait de sa position. Ségolène Royal n'a jamais cessé de l'être. Bertrand Delanoë dit hier, dans "Le Monde" qu'il ne renonce à rien (en politique ça veut dire « je veux tout »). L'antiphrase, c'est le verlan des socialistes. Peut-être Vincent Peillon. Tout ça, dit comme ça, fait absolument ridicule, hors de propos et presque indécent puisqu'il n'y a toujours pas de projet. C'est la tonalité des commentaires que l'on entend généralement sur le parti socialiste devant cette débauche d'ambitions personnelles. Mais finalement, si c'était tout le contraire et si, avant de préciser les projets, il ne fallait pas plutôt tout étaler et avant tout les ambitions ? Que tous ceux qui osent se déclarent ! De toute façon, le prochain président de la République, qu'il soit UMP, socialiste, vert, chasse-pêche-nature et tradition ou du parti de la lévitation transcendantale, sera un affreux ambitieux, un monstre d'égos, un personnage autocentré qui se prendra pour l'égal de Napoléon, un peu au-dessus de Charlemagne. Ils sont comme ça ! C'est ce qui fait leur charme exaspérant. Notre président est comme ça, De Gaulle, Mitterrand, Giscard l'étaient. Donc, partant de ce postulat. Arrêtons de nous effaroucher devant les prétentions des prétendants. Un prétendant, c'est fait pour être prétentieux, c'est marqué dessus. Alors que tous les égoïstes qui ont des idées au PS se déclarent et finalement ça fera un beau débat, mais pas forcément un beau pugilat. Il faut qu'il y ait des primaires avec des règles claires, strictes et largement ouvertes aux électeurs habituels de la gauche. Il faut laisser ceux qui le veulent, se présenter et dire ce qu'ils ont à dire. A bien y réfléchir, la candidature de Manuel Valls, député-maire de banlieue depuis des années, qui est dans la seconde partie de la quarantaine et qui a des idées (on les aime ou pas, il en a), sa candidature n'est pas beaucoup plus incongrue que celle de Ségolène Royal qui a déjà perdu une élection après deux mandats d'un président de droite ! La candidature de Manuel Valls, sur le flan droit du PS n'ira peut-être pas jusqu'au bout, mais l'on comparera ses idées avec celles des autres candidats. L'annonce de primaires peut faire ressurgir d'éphémères écuries mais surtout, peut installer un grand débat à gauche. Et c'est urgent car il faut inventer la sortie de crise, le monde d'après. Les idées existent, les thinks tank et les multiples groupes d'intellectuels phosphorent, chacun dans leurs coins, oubliés d'un PS trop occupé à sa propre marche. On peut imaginer que si la compétition des hommes se fait au grand jour au-delà du cadre du PS, la confrontation des idées neuves y gagnera. Ségolène Royal n'aurait pas pu développer son thème novateur de la démocratie participative si son programme avait été établi rue de Solferino. Fenêtres closes. En ce moment, on entend beaucoup une expression imagée dans les discours des socialistes. Ils disent tous « il faut ouvrir les fenêtres et les portes du PS ». Ça commence sans doute par assumer ses ambitions personnelles et s'adresser à l'opinion plutôt qu'aux barons des grosses fédérations de leur parti. La démocratie d'opinion n'est pas forcément un gros mot. Ce n'est pas obligatoirement (même si ça l'est trop souvent) que de la communication politique ou de la démagogie. La démocratie d'opinion c'est en fait un pléonasme, une évidence. L'opinion est assez grande pour suivre et donc participer aux débats qui agitent les partis. Et un débat au grand jour ça se fait avec des personnes. Tout simplement parce qu'au bout, c'est une personne qui sera élue.

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