Martine Aubry fait des déplacements, en ce moment, consacrés au monde agricole. Elle tente de capter cet électorat ?Non, c’est impossible et ça n’a, de toute façon aucun intérêt en terme électoral. Le monde purement agricole ne représente plus une force électorale en soit. De toute façon l’agriculture française est traditionnellement tournée vers la droite. Après guerre, au centre droit, sous l’influence de la jeunesse agricole chrétienne. Plus tard le pouvoir gaulliste a gagné les cœurs des agriculteurs en négociant avec l’Allemagne une sorte de partage des taches en Europe. On achèterait les machines outils allemandes et les allemands achèteraient massivement les produits agricoles français. Ce deal a permis aux agriculteurs français de devenir les premiers en Europe et à l’industrie agroalimentaire française d’acquérir des positions dominantes. Edgard Pisani, mythique ministre de l’agriculture du Général de Gaulle, pourtant homme de gauche, aura arrimé les agriculteurs à la droite au début des années soixante. La FNSEA accompagnera l’UDR, le RPR et l’UMP avec la promesse de ces partis de se faire les défenseurs acharnés de la Politique Agricole Commune de plus en plus dénoncée par nos voisins. Jacques Chirac, qui fut aussi ministre de l’agriculture, a su faire fructifier ce lien entre la droite et l’agriculture. Ami des grands céréaliers mais se faisant volontiers photographier dans de petites exploitations, il apparaissait botté de caoutchouc, embrassant goulument la fermière, buvant un verre de cidre ou de lait, un bras sur l’épaule du fermier et tapant sur la croupe d’une vache (Jacques Chirac a beaucoup de bras), il a su entretenir une relation particulière qui était due aussi à son intransigeance à céder sur les avantages octroyés par Bruxelles aux paysans français. La gauche, elle, patine avec les agriculteurs. Elle a quelques bastions dans le centre ou le sud-ouest, il y a un petit mouvement alter mondialiste autour d’organisations de jeunes agriculteurs et se développe en ce moment l’agriculture bio et les AMAP qui sont plutôt culturellement tournées vers la gauche ou les écologistes mais c’est marginal et électoralement insignifiant. Pourquoi Martine Aubry tente t’elle de séduire un électorat si rétif et qui ne représente plus un enjeu ?Elle ne tente pas de le séduire. En réalité Martine Aubry agit un peu comme les publicitaires avec les crèmes antirides ou les produits cosmétiques : on montre toujours des jeunes femmes alors que l’on sait pertinemment que la quasi-totalité de ces produits sont achetés par les trentenaires et les quadragénaires. Martine Aubry ne tente pas de séduire les paysans mais chacun d’entre nous qui avons des parents, des grands parents ou arrière grands parents paysans. Ça fait du monde ! La plupart des français sont attachés à la terre et à l’agriculture, au paysages…à « nos campagnes » à la Péguy, comme ont disait dans les discours de la troisième ou de la quatrième république. Un responsable politique à l’aise avec l’agriculture et le monde paysan c’est rassurant et authentique. Nicolas Sarkozy est le premier président de droite à avoir raté le coche avec les paysans. Il ne sait pas donner l’impression d’apprécier les bons produits du terroir ni de savoir reconnaître une charolaise d’une limousine. Ça peut paraître anecdotique mais c’est de l’ordre du symbole et ça touche tout le monde, bien au-delà de la toute petite minorité qu’est devenu le monde agricole. Un monde qui, depuis quelques années avec la chute des revenus agricoles n’est plus perçu comme une population privilégiée, subventionnée voire pollueuse…mais plutôt une population sinistrée, sacrifiée, paupérisée dans certains cas. Se montrer en phase avec ce monde-victime est utile à la construction d’une personnalité de gauche qui se destine à l’Elysée.

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