**Rama Yade quitte l’Unesco où elle avait été nommée ambassadrice, pour représenter la France en décembre 2010.Oui, l’impétueuse démissionne, en réalité, avant que ce soit le président lui-même (furieux de voir son ancienne protégée frayer avec Jean-Louis Borloo) qui la démissionne... Mais peu importe, Rama Yade quitte un poste que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû lui proposer et que Rama Yade n’aurait jamais dû accepter en vertu d’une déontologie basique du pouvoir. Non pas que la jeune ex-ministre sarkozienne n’ait pas les compétences pour exercer ces fonctions mais tout simplement parce que, dans la réalité, elle ne les exerçait pas. Quand, en décembre 2010, Rama Yade est reçue par Nicolas Sarkozy pour se voir annoncer sa nomination comme ambassadrice représentant la France auprès de l’UNESCO, l’ex-sarkozienne frondeuse avait d’abord refusé. Dans un premier mouvement assez naturel, elle a dit au Président qu’elle ne pouvait accepter un poste de la sorte puisqu’elle voulait continuer à faire de la politique, son souhait le plus cher étant de devenir députée en 2012. C’est vrai que devenir ambassadrice auprès d’une organisation internationale chargée de l’éducation et de la culture dans le monde, comme ça, si l’on a une vision à peu près saine du rôle et de la place de chacun dans la sphère politique et diplomatique, c’est incompatible avec une activité militante et partisane intense, en vue de se faire élire, l’année d’après au Parlement. Mais Nicolas Sarkozy l’a tout de suite rassuré: « Ne t’inquiètes pas, tu pourras continuer à faire de la politique » ,lui à t’il dit. D’ailleurs Roger Karoutchi, autre ancien ministre déchu, autre recasé de l’UMP, n’est-il pas, dans l’indifférence générale, ambassadeur de France auprès de l’OCDE tout en continuant sa carrière de conseiller régional d’opposition en Ile-de-France ? Idem pour Xavier Darcos, ancien ministre nommé aussi ambassadeur, je cite : « chargé de mission pour l’action culturelle extérieure de la France », c’est assez vague pour ne rien vouloir dire et laisser le temps de faire autre chose plus utile pour -ou surtout pas contre- sa formation politique... Rama Yade est dans la même situation, elle est aussi conseillère régionale d’Ile-de-France...Oui et conseillère municipale de Colombes dans les Hauts-de-Seine et donc candidate déclarée et active pour les prochaines législatives quelque part dans ce même département. Bref, avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy, Rama Yade pouvait avoir le titre d’ambassadrice et faire de la politique. Mais aujourd’hui l’ambassadrice s’engage auprès de Jean-Louis Borloo. Ce que n’avait pas compris Rama Yade, (ou ce qu’elle avait fait semblant de ne pas comprendre), c'est que le problème n’était pas de faire de la diplomatie ET de la politique mais de faire de la diplomatie ET de la politique contre le chef de l’Etat… Nuance ! On passe donc d’une notion de déontologie à une notion de fidélité ou de dette partisane! En réalité, cet épisode, très loin de la promesse d’avril 2007 (« je veux des nominations irréprochables ») révèle surtout l’incroyable légèreté avec laquelle les postes sont attribués, acceptés et abandonnés dans notre République. Une légèreté coupable doublée d’un mépris, en l’occurrence, pour la diplomatie, et l’idée de la coopération culturelle et éducative internationale puisque le poste le plus prestigieux traitant de ces questions (on l’oublierait presque) a été attribué, accepté puis abandonné pour des raisons de convenances partisanes. « Ça s’est toujours fait » diront les blasés de la politique ! C’est vrai... Et justement la promesse de « rupture » n’est pas passée par là non plus.**

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