Manuel Valls a mis en garde les parlementaires de son parti, ce week-end, en des termes alarmistes : « La gauche peut disparaître », dit-il !

Oui, la gauche, dit-il en substance, peut très bien ne pas figurer au second tour de la présidentielle de 2017. Il le dit pour susciter un réflexe de discipline dans son camp. Mais justement, c’est d’avoir fait ce même constat que des députés frondeurs ont rué dans les brancards. Pour une partie des socialistes, la gauche peut disparaître parce que la politique de gauche disparaît des projets mis en œuvre par l’actuel gouvernement et par l’attitude de fermeté affichée face aux grévistes de la SNCF ou aux intermittents. Donc les réfractaires disent à Manuel Valls : « si vous appliquer votre programme, la gauche disparaît puisque celui-ci n’est pas de gauche » et Manuel Valls répond : « si vous n’approuvez pas mon programme, la gauche disparaitra parce que nous perdrons le pouvoir. » C’est inextricable ! Chacune des deux parties pense répondre au message des urnes. La gauche du PS estime que si ses électeurs habituels n’ont pas été votés c’est bien parce que la politique menée n’est pas assez de gauche ! Manuel Valls, lui, estime que la rouste subie par les socialistes lors des deux derniers scrutins est due, non pas à l’orientation, à la ligne politique mais à son absence de clarté et surtout à l’absence de résultat.

Est-ce qu’on ne retrouve pas toujours ce même débat propre à la gauche à chaque fois qu’elle est au pouvoir ?

Ce qui est classique c’est le débat entre ceux qui veulent ancrer la gauche dans le temps quitte à gouverner moins à gauche et ceux qui veulent marquer la société d’une emprunte forte du passage de la gauche, quitte à écourter l’expérience. Mais cette fois ci, il ne s’agit pas de cela. Il y a un débat sur l’efficacité économique autant que sur la justice. Le hiatus, c’est que ce que disent les réfractaires correspond en fait à ce que disait François Hollande pendant sa campagne. La majorité se retrouve dans cette situation par défaut de discours de vérité en temps et en heure. Dans ce cadre Manuel Valls a un atout considérable parce que, lui-même, lors de la primaire socialiste défendait une politique située, sur une échelle gauche/droite, à peu près au niveau de ce qui se fait depuis la réorientation voulue par le Président en janvier 2014. Le socialisme de l’offre tel qu’il est appliqué maintenant, c’est peu ou prou ce que Manuel Valls prônait (seul !) en 2011. Le problème c’est qu’à l’époque, il était arrivé bon derniers des socialistes à la primaire avec un score de 6%. La ligne suivie par l’exécutif devrait donc être représentée par une majorité d’idée de centre gauche et du centre. Le résultat d’une coalition impossible dans l’état actuel de notre pratique politique qui fabrique des oppositions artificielles. L’accord patronat-syndicat sur les intermittents, ne vaut, visiblement rien pour ceux qui sont en grève. Les tentatives de compromis sociaux n’arrivent pas à s’imposer dans notre société d’affrontement. Ce n’est donc pas la gauche, au comble de l’impuissance et de l’impopularité, ni la droite, au comble de crise morale et des rivalités de personnes, qui meurent devant nous en ce moment mais notre culture politique du rapport de force et de la défiance permanente qui en est au stade terminal. Dans ce tableau, le succès du FN n’est pas un cri primal mais le dernier râle d’un quasi macchabé : la Vème République, ses élites et son état d’esprit.

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