Retour sur la menace formulée par Manuel Valls, d’interdire les manifestations si la CGT ne garantit pas mieux le contrôle de ses cortèges.

Et cette menace est une première sous la Vème République, a fortiori de la part d’un gouvernement de gauche. On retrouve là les accents clémencistes de Manuel Valls. Clemenceau, figure tutélaire des Radicaux (donc de la gauche de gouvernement de l’époque) qui fait réprimer dans le sang des manifestations ouvrières en 1906 et 1908. On en est loin… la police avait tiré sur les manifestants, il y avait eu des morts. Le parallèle est osé parce que pour l’instant, les violences sont surtout le fait des casseurs intégrés aux manifestations depuis des semaines. Violences, c’est vrai, condamnées par les syndicats organisateurs. Mais Manuel Valls accuse la CGT d’ambiguïté et même d’une certaine complicité. La CGT explique que la police n’a rien fait pour écarter les casseurs. La réalité est difficile à déceler mais ni le gouvernement, ni la CGT, n’ont intérêt à une atmosphère de chienlit. Le plus probable, c’est que le SO des syndicats présents et les CRS ne savent pas s’y prendre avec ces nouveaux protestataires, mobiles et violents, qui ont théorisé l’insurrection censée venir…

Cet épisode est un signe de plus du schisme à gauche !

Oui, la gauche dite de gouvernement et la gauche dite protestataire scellent leur divorce sur un sujet (le droit de manifester) éminemment symbolique. Dans cette affaire, comme dans beaucoup de divorces, au moment où les assiettes volent, tout est exagéré. Quand Manuel Valls parle des casseurs qui seraient venus pour tuer, c’est bien sûr abusif (à moins qu’il ait des informations précises). De l’autre côté, la mobilisation annoncée par la CGT est délirante. Jamais les chiffres de la police et ceux des organisateurs n’avaient été aussi dissemblables Tous les habitués des manifs parisiennes (et il y en a beaucoup parmi les journalistes) sont d’accord pour dire que là, si Philippe Martinez était Pinocchio, il aurait de quoi accrocher la banderole de sa prochaine manif à son nez. Les outrances prouvent simplement que ces gauches n’ont plus du tout envie d’être ensemble, même contre la droite…et pour l’instant, même contre l’extrême droite. Manuel Valls, hier, à plusieurs reprises a parlé de clarification. Ce qui se passe en ce moment clarifie enfin les positions de chacun. On voit, dit Valls, qui sont les bloqueurs et qui sont les réformateurs. Jean-Luc Mélenchon et Philippe Martinez ne disent pas autre chose… On voit qui sont les gardiens de la vraie gauche et qui sont les « sociaux-traitres ». Les Français, eux, regardent voler les assiettes. En reçoivent quelques éclats. Mais la gauche est au pouvoir ! La situation d’aujourd’hui est le résultat d’un grave défaut de travail théorique et de débat en son sein quand il en était temps. La gauche a eu 10 ans d’opposition, 10 ans pendant lesquels elle aurait pu, elle aurait dû, travailler à cette clarification. Elle ne l’a pas fait. L’élection de 2012 et ses ambigüités n’a pas non plus permis cette clarification. Que de temps perdu ! La gauche est en passe de rater son passage au pouvoir et d’être renvoyée à ses chères études, où il sera bien temps pour elle de parfaire sa clarification en famille… si toutefois elle reste une famille.

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