Avant de quitter son bureau et de le céder à son successeur Nicolas Sarkozy ce matin, Jacques Chirac a adressé hier soir un dernier adieu aux Français. Pas de théâtralité, pas de mise en scène, à peine une touche d'émotion quand il finit par dire "je" et nous parler quelques secondes de lui, une allocution courte, presque expédiée, c'est un peu à se demander pourquoi Jacques Chirac est venu hier nous faire un dernier au revoir. Après 12 ans de mandat, le président s'en va donc et il n'a pas tenu à défendre son bilan. Ses adversaires évidemment arguent que cela tombe bien car il n'en n'a point. Pas voulu non plus dresser une feuille de route à l'attention de son successeur et les sarkozystes lui en sont reconnaissants. Ils expliquent qu'il a eu le bon goût de ne pas prendre l'avenir en otage, lui qui sait qu'à partir d'aujourd'hui, il n'aura plus de prise sur rien, sur rien en tout cas de ce qui concerne la politique française. Pas souhaité enfin joué déjà au vieux sage visionnaire de la nation. Jacques Chirac dénudé du pouvoir, n'a peut être tout simplement plus envie de pouvoir. Le presque ex président s'est donc contenté d'un passage de témoin sobre, et un peu vain. Avec des mots répétés et maintes fois entendus, "la Nation, la nécessaire solidarité, la france patrie de l'égalité des chances et de la paix, le rassemblement, le respect de la diversité". Mais après 12 ans de mandat effectif, ces mots finissaient par sonner un peu creux car ils n'ont pas tous été, loin s'en faut, valorisés par une action déterminée, portés par la volonté politique de changer les choses. Jacques Chirac le conquérant en imposait à tous, mais qu'a t il fait de ce pouvoir si chèrement conquis? Jacques Chirac s'en va donc définitivement dans quelques heures, avec quelques gloires reconnues par tous en poche, ses mots pour parler du passé français ou son attitude vis à vis de l'unilatéralisme américain, mais tellement de manques sinon d'échecs, avec quelques responsabilités aussi sans doute dans la décrédibilisation ou la démoralisation de la vie publique. Quelle cruelle ironie, est ce d'ailleurs seulement ironique, que de voir Alain Juppé entendu au titre d'ex adjoint au maire de Paris un certain Jacques Chirac, entendu donc par les policiers de la Division nationale des investigations financières la veille du départ de ce même Jacques Chirac de l'Elysée. L'avant-veille d'ailleurs, aussi, de son éventuelle nomination de numéro 2 du gouvernement Sarkozy, comme si l'héritage chiraquien était décidément un boulet. Hier, dans la sobriété, la vacuité, même, diront certains du dernier "au revoir" présidentiel, il y avait comme du renoncement. Dans quelques heures, Jacques Chirac quittera donc le pouvoir, l'Elysée, la politique, et presque la vie publique. Il faut espérer que lui parti, les mots de la politique, au moins cela les mots, vont retrouver de leur sens.

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