Personne ne peut prévoir les conséquences de cette affaire sur la politique française. L’image invraisemblable de Dominique Strauss-Kahn, sortant menotté d’un commissariat de Harlem pour aller se faire examiner à l’hôpital avant d’être présenté au juge est une violence faite à tous ses électeurs potentiels et bien au-delà. Les autres images insoupçonnées qui ne manqueront pas de suivre risquent, -avec le décalage culturel et la façon bien particulière et assez spectaculaire de traiter et d’exposer les protagonistes de ces affaires, aux Etats-Unis- d’être des violences infligées finalement à tous les Français. Qu’on l’appréciait ou pas, Dominique Strauss-Kahn était, d’une certaine façon, et de part sa position, une représentation avantageuse de la France dans le monde. Aujourd’hui, cette représentation est accusée de tentative de viol et un médecin légiste est en train d’examiner s’il y a des traces d’affrontement avec une jeune femme de 32 ans sur son corps ! C’est une violence faite à l’image et au prestige de la France qui, en plaçant Dominique Strauss-Kahn, à la tête du FMI, espérait aussi imposer une autre vision de la marche de l’économie, qui devait tenter de promouvoir plus de régulation et de vertu dans le fonctionnement de la finance mondiale. Le G8, le G20, le processus de sauvetage de la Grèce… sur tous ces événements va peser l’ombre de l’affaire Strauss-Kahn, sa responsabilité. Comment les socialistes peuvent-ils se remettre d’un tel événement ?Si DSK n’est pas très rapidement, dans les jours qui viennent, totalement blanchi alors, ça va être particulièrement compliqué pour eux, ils le savent… L’une des clefs, l’un des ressorts de la campagne à venir des socialistes c’est d’offrir une alternance, non pas uniquement programmatique mais aussi dans la gouvernance et la représentation de l’Etat. La façon dont Nicolas Sarkozy a incarné la présidence est critiquée par les socialistes et bien des Français. François Hollande allant même jusqu'à dire qu’il voulait être un président « normal » ; cet argument de l’attitude n’est plus décemment exploitable dans les circonstances actuelles. Comment les socialistes pourraient reprocher quoi que ce soit au Président, eux qui allaient sans doute désigner, comme candidat l’homme de l’affaire du Sofitel de New-York. Même les concurrents socialistes de Dominique Strauss-Kahn seront handicapés par cette affaire. De son côté, le Président et la majorité devront faire extrêmement attention à ne pas avoir l’air d’exploiter le drame. Enfin, est-ce que les règles de la primaire socialiste doivent rester les mêmes ? Ceux qui vont concourir sont tous, peu ou prou sur des positions politiques identiques. La primaire ne sera pas un débat idéologique mais un casting géant. C’était cependant, sur le papier et avant le coup de tonnerre d’hier, un exercice assez exemplaire, transparent, une belle opération démocratique propice à enclencher une dynamique. Mais on se demande s’il est vraiment indispensable, dans les circonstances, et alors que l’affaire Strauss-Kahn va alimenter la chronique pendant encore de long mois, que les socialistes se confrontent dans un combat totalement dési-déologisé. Celui pour lequel une grande majorité d’électeurs de gauche voulait voter n’est plus là, mais il va rester dans l’actualité comme un boulet pour le PS. Le plus raisonnable serait sans doute que les socialistes nous épargnent une campagne qui sera forcément polluée et s’arrangent entre eux, entre responsables. A moins qu’ils sachent nous convaincre, du contraire dans les tous prochains jours.

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