Ce matin, une polémique ouverte après qu’une porte-parole de l’UNEF s’est exprimée, voilée, à la télévision.

Oui, une polémique, comme toujours très violente, s’est répandue via twitter. Laurent Bouvet, politologue et principal animateur du Printemps Républicain, pour le moins rugueux s’agissant de la laïcité, était le 1er à fustiger le syndicat étudiant qui se fait représenter à Paris IV par une jeune femme voilée, d’un voile format hidjab, c’est-à-dire qui dissimule les cheveux et le cou, signe d’une rigueur religieuse revendiquée. Cette polémique a eu comme principale caisse de résonance les réseaux sociaux et en en parlant ce matin sur un média généraliste, à l’heure de la plus grande écoute, j’ai bien conscience de contribuer à lui donner une autre dimension. Je confesse (ça arrive souvent) que j’ai hésité à traiter ce sujet. Mais autant l’opprobre jeté par le Printemps Républicain sur Mennel, cette jeune chanteuse de 17 ans, discrètement voilée, qui avait interprété dans The Voice le célèbre et œcuménique Alléluia de Léonard Cohen, apparaissait (cet opprobre) injuste et contre-productif, autant l’idée qu’un syndicat étudiant, qui se dit progressiste et féministe, soit représenté par une femme qui arbore les attributs d’une radicalité religieuse et sexiste a quelque chose de foncièrement (sentiment personnel) déprimant… 

L’UNEF parle de déchaînement de racisme et de haine contre sa porte-parole

C’est vrai que les réseaux sociaux ont charrié, à l’endroit de Maryam Pougetoux (dont on ne sait rien) un tombereau d’insultes racistes venues de la facho-sphère au laïcisme identitaire et de circonstance. Mais il ne faut pas tout mélanger et il est aussi insupportable de se faire traiter «d’islamophobe» lorsqu’on ose dire que le choix de se voiler n’est pas la manifestation d’une liberté féministe mais le signe de l’emprise d’un conservatisme religieux. Il est injuste de confondre tous les racistes de la toile avec ceux qui continuent de penser que le progressisme est très mal incarné par une jeune femme en hidjab. Il ne s’agit pas de vouloir interdire le port du voile aux étudiants ou aux syndicalistes bien sûr, mais simplement de constater qu’une bonne partie de la gauche s’est trompée depuis la fin des années 80, s’agissant du voile : l’école, l’éducation, l’apprentissage de l’esprit critique et tout simplement le temps, devaient favoriser la marche vers l’émancipation de toutes les femmes. Et bien non. Ça n’a pas suffi. Pire, par un renversement de valeurs, la direction de l’UNEF en arrive à déclarer ceci, je cite: «Nous défendons les principes de laïcité et de féminisme, et c'est au nom de ceux-ci que nous défendons le droit des étudiantes de faire leur propre choix, dont porter le voile». Cette phrase montre que l’aboutissement de l’intégration pour l’UNEF n’est pas que les musulmanes finissent par abandonner le voile d’elles-mêmes, mais qu’elles puissent le garder. Qu’elles soient visibles ! Comme si l’image de la diversité devait passer par la représentation identitaire et conservatrice d’une religion ! C’est le signe au mieux d’une dérive communautariste à l’anglo-saxonne, au pire d’un aplatissement idéologique face à une offensive rétrograde et sexiste. 

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