Les racines chrétiennes de l’Europe : débat relancé par François-Xavier Bellamy.

Oui ça revient régulièrement. Jacques Chirac avait été à la pointe du refus d’inscrire les racines chrétiennes dans la constitution. L’Italie ou la Pologne y étaient favorables. Cette fois-ci, F.X Bellamy, tout à sa définition d’un nouveau conservatisme (un conservatisme peut-il être nouveau?), trouve que ce refus est une grave erreur. Etrange controverse! Que veulent les promoteurs de cette reconnaissance? L’Europe a des racines grecques, latines et chrétiennes! C’est un fait historique. On pourrait l’inscrire, comme on pourrait inscrire –vérité géographique- que l’Europe est dans l’hémisphère nord et -vérité météorologique- de climat tempéré! A quoi bon? Notre éducation, notre état-civil, notre façon de penser, chaque étape de la vie publique et privée des Européens, des siècles durant, ont été structurés par les églises et les temples. Et puis il y eut des révolutions ou des évolutions vers une sécularisation plus ou moins aboutie. La philosophie des Lumières, qui a irrigué le continent, est aussi l’émanation, en partie, de l’humanisme chrétien. Les démocraties européennes se sont alors plus ou moins émancipées des églises. Elles ont construit des sociétés où l’on peut croire ou ne pas croire. 

Alors pourquoi cette revendication ?

C’est d’abord la manifestation d’une insécurité culturelle d’une partie de la population qui craint la disparition d’un mode de vie sous l’effet conjugué du libéralisme matérialiste et d’une immigration musulmane. Mais il y a chez François-Xavier Bellamy et plusieurs dirigeants de l’Est de l’Europe une volonté de retour à certains principes d’antan. Que veulent-ils du monde chrétien d’avant? Ce qui est certain, c’est qu’ils ne réclament pas le retour au message catholique tel que le définit le pape s’agissant de l’accueil des migrants ! Veulent-ils, en revanche, le retour de la domination masculine ? De la foi obligatoire ? D’une politique sous influence religieuse? Certains  dirigeants européens le souhaitent ouvertement et remettent même en cause les Lumières. François-Xavier Bellamy ne dit pas ça et vante aussi l’apport de la philosophie des Lumières. Alors on ne comprend pas son obsession. Pourquoi vouloir qu’un fait historique soit consacré en référence philosophique si ce n’est pour faire une partie du chemin à l’envers? Jusqu’où ? Vers quel degré d’obscurantisme? La droite française n’avait pas vraiment accepté la République jusqu’à la Libération. Depuis, elle ne se disait plus l’héritière de ce que l’on appelait autrefois le parti catholique. Ces dernières décennies, seul JM. Le Pen marquait quelques nostalgies pour cette droite antirépublicaine (en témoigne son héros personnel, Cadoudal, ce royaliste activiste chrétien antibonapartiste du XIXème siècle). Marine Le Pen a changé la doctrine du parti sur ce sujet pour intégrer (à sa façon) les valeurs de la République, arguments plus largement partagés contre l’influence religieuse et principalement, pour le RN, de l’Islam. Mais aujourd’hui, François-Xavier Bellamy renverse la doctrine gaullo-pompidolo-chiraquienne du rapport à la religion. Il serait bon qu’il précise ce que voudrait dire concrètement (dans les lois, les règles) le fait d’inscrire les racines chrétiennes comme principe européen.

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