Les guignols de l'info fêtent aujourd'hui leurs 20 ans. Ces marionnettes en latex ont-elles une véritable influence sur la politique ? Depuis que les guignols ont du succès, il y a un grand phantasme sur la réelle influence de ces grosses marionnettes. Les guignols sont d'abord des caricatures. De Daumier à Cabu - pour prendre les plus grands - la caricature classique, c'est un portait à peine déformé par l'outrance ou la stylisation de quelques spécificités physiques du portraituré. Les guignols font la même chose, avec non pas un trait physique mais un trait de caractère. Ce trait de caractère devient une grille d'écriture pour les auteurs, si bien que le personnage est simplifié au maximum et il ne reste que le trait dominant. C'est aussi la méthode utilisée par les imitateurs mais la caricature politique est décuplée dans le cadre des guignols par rapport à un imitateur puisque le personnage interprété n'est pas concurrencé par la personnalité de l'acteur imitateur. Quand Thierry Leluron imitait Giscard, c'est le chuintement aristocratique de l'ancien Président reproduit par Leluron qui faisait rire. Avec les guignols, ce ne sont pas les interprètes qui font rire d'un homme politique, on rit directement de l'homme politique, sans truchement. L'essence subversive est là. Jacques Chirac : le gars sympa mais sans vergogne (trait de caractère) après la mise en scène de la trahison dont il fait l'objet de la part d'Edouard Balladur, est d'une efficacité redoutable. Les auteurs des guignols on choisi un trait de caractère pour le Président. La marionnette Sarkozy est totalement autocentrée, amateur de clinquant et c'est tout. Tout ce qui lui arrive et tout ce qu'elle dit découle de là. L'influence des Guignols n'est évidemment pas quantifiable. La grille de lecture des guignols devient un peu la notre et nous écoutons, par exemple, le Président avec, quelque part dans notre cerveau, l'image que nous avons de lui en latex ! Et là, on remarque, beaucoup plus qu'avant, qu'il dit tout le temps « moi », plutôt que « nous ». Les guignols nous fournissent leurs lunettes déshabillantes et sans doute un peu déformantes aussi. Quand Nicolas Sarkozy dit, en visitant une usine récemment : « je ne me plains pas d'avoir à gérer la crise la plus importante depuis 1929 », on comprend que ses conseillers lui ont dit quelque chose comme « ne vous plaignez pas, ne donnez pas le sentiment de penser à vous » et on s'aperçoit qu'il nous dit surtout : « voyez comme je suis fort, c'est moi qui doit gérer la crise la plus importante depuis 1929 » - il est sa marionnette. Les guignols sont-ils des éditorialistes ? D'une certaine façon oui. La télévision comporte très peu d'espace pour l'éditorial politique, contrairement à la presse écrite et à la radio. Les guignols, en plus du rôle classique de caricaturiste, comblent une partie de ce vide. L'éditorial politique d'aujourd'hui, dans un monde où les publicitaires, les sondeurs, les spécialistes de l'opinion, les communicants sont devenus les premiers conseillers du Président et des principaux personnages politiques, les éditorialistes sont là pour détricoter, dé-communiquer (si on peut inventer ce mot très laid) pour gratouiller la peinture rose. On peut le faire sérieusement avec des arguments rationnels, on peut le faire aussi partiellement par la caricature. Les caricaturistes et les éditorialistes plus classiques, chacun dans leur sphère, sont (ou devraient) être des machines de guerre contre la communication politique qui n'est rien d'autre que de la propagande high-tech.

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