**La droite à l’Elysée et à l’Assemblée à Paris ; la gauche en région… Peut-on parler de contre-pouvoirs locaux, Thomas ?C’est ce que certains à gauche réclament ou prétendent. « Organisons des contre-pouvoirs locaux ». C’est une ineptie, les régions ne sont pas faites pour ça, elles ne peuvent pas gérer leur territoires contre un autre échelon administratif, ne serait-ce qu’à cause des financements croisés mis en place pour bien des projets d’infrastructure. Pourtant, c’est un peu comme si l’on assistait à ce que l’on pourrait appeler une « cohabitation horizontale ». Le pouvoir central, l’exécutif et le législatif à droite, le pouvoir local, municipal, cantonal et régional à gauche. En fait le corps électoral français a peut-être une sorte d’intelligence démocratique qui lui ferait pratiquer l’art du rééquilibrage. Parce que cette belle victoire socialiste, verte et Front de Gauche, qui met la gauche parlementaire au-delà de 50% en région ne veut pas du tout dire que les électeurs estiment que la gauche au pouvoir à Paris ferait mieux que Nicolas Sarkozy et sa majorité. Ils ne sont que 30% à l’estimer si l’on en croit un sondage réalisé par BVA la veille du jour où ces mêmes français se sont abstenus à 53%. 46% des sondés pensent que la gauche ne ferait ni mieux ni moins que l’UMP au pouvoir. Ce n’est qu’un sondage mais depuis plusieurs mois, à chaque fois qu’un institut pose ce genre de questions, il obtient ce genre de réponses. Plus le président de la république semble concentrer les pouvoirs à Paris, truster le débat et les écrans, plus le corps électoral donne d’autres pouvoirs aux opposants. Nicolas Sarkozy ne s’y trompe d’ailleurs pas, et c’est pour ça que, même si ça agace son camp, il a réaffirmé, juste avant le scrutin sa volonté de poursuivre l’ouverture, comme on lance des quartiers de viande aux fauves pour éviter qu’ils vous dévorent. Mais ça ne suffit pas, on l’a vu dimanche. Donc les régions contre-poids politiques plus que contre-pouvoirs ?Oui parce que dans notre système, dans le cadre de la cinquième république il n’y a pas de contre-pouvoir en tant que tel. Le parlement, le pouvoir judiciaire, les collectivités locales sont d’autres pouvoirs mais ne peuvent pas être considérées (comme c’est le cas par exemple dans les pays anglo-saxons) comme des contre pouvoirs. L’idée même de contre pouvoir est étrangère à notre culture politique. En France le contre pouvoir n’est pas institutionnalisé, il faut donc que le pouvoir se modère tout seul…et ce n’est pas sa pente naturelle, et ce n’est pas non plus la pente naturelle du président. Alors le discours de certains responsables socialistes reprend cette idée de contre-pouvoirs locaux. Ils disent que les régions doivent devenir des lieux ou l’on pratique une politique inverse de celle qui est pratiquée au niveau national, une sorte de résistance des territoires. C’est illusoire et techniquement impossible. On l’a bien vu en Poitou Charentes, par exemple, où la tentative sauvetage de l’entreprise Heuliez ne peut réussir que si l’Etat et la Région coopèrent. Et ils peuvent très bien coopérer même s’ils ne sont pas de la même couleur politique, d’ailleurs ils le font. Alors si le « contre pouvoir » n’existe pas, le vote contre le pouvoir est bien réel celui là. La façon de repeindre toute la France des régions en rose, ou ces sautes d’humeur éruptives de l’électorat déboussolé et défiant qui redonne du crédit au Front National, c’est évidemment une manifestation de mécontentement vis-à-vis d’une manière dont le pays est gouverné : de façon centralisé, relativement opaque, néo-monarchique, à l’ancienne. Nicolas Sarkozy, par cette lourde défaite paie aussi le fait de n’avoir pas modernisé, allégé, démocratisé, comme il l’avait promis, la gouvernance du pays.**

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