Oui, cette position offensive, résolument favorable aux insurgés libyens commence à être reconnue pour ce qu’elle est. Jusque là, elle était jugée avec circonspection (et pas seulement par ceux qui vendent des armes aux dictateurs). Le Président est le seul chef d’état à avoir reçu officiellement l’opposition libyenne, à avoir promis d’envoyer un ambassadeur au près d’un nouvelle Lybie dans la partie libérée. Avec David Cameron, Nicolas Sarkozy se bat, au près de l’Europe, du G8 et de l’ONU pour, qu’au moins, soit imposé au régime de Kadhafi une interdiction aérienne afin qu’il cesse de massacrer son peuple. Alors on a parlé de démarche solitaire, on a dit que le Président s’exprimait avant de savoir si ce qu’il voulait faire était tout simplement faisable, qu’il négligeait la diplomatie d’influence, forcément discrète, que son attitude va-t-en-guerre sur la Libye tranchait de façon suspecte avec la pompe de la réception du dictateur à Paris, il y a trois ans et avec la pusillanimité de la France face aux événements de Tunisie et d’Egypte, qu’à peine après avoir changé de ministre des affaires étrangères, le président prenait le nouveau chef de la diplomatie de court, préférant emboiter le pas d’un BHL plus médiatique. On le suspectait même de vouloir faire disparaitre un dictateur qui aurait des documents compromettants… Voilà pour la première benne de critiques déversées, juste après la prise de position inédite et inattendue du président. Et il y a eu une seconde couche !Oui, à part Bruno Leroux, député PS, qui a salué la position française, on a entendu ces derniers jours, et au vu de la tournure des événements, que le président avait mal jugé, que Kadhafi revient en force et que la France est isolée et finalement impuissante. Une critique singulière qui voudrait dire que la France devrait choisir celui qui gagne plutôt que celui qui a raison ! Toutes ces critiques sont à la fois logiques et injustes. Logique parce que le président s’est mis tout seul, en près de quatre ans d’exercice bien à lui du pouvoir, dans la situation d’être toujours suspecté d’agir avant tout par des postures successives, fortes et inopérantes, de mimer l’action par un verbe haut et de toujours vouloir apparaître comme le premier des acteurs. Du coup, maintenant, quoiqu’il entreprenne, la grille de lecture de son action est toujours la même. Hors, même s’il y a peut-être un peu de tout ça dans l’attitude du président, il n’en reste pas moins que les positions prises par la France en faveur d’un peuple qui se libère, les tentatives pour faire admettre à la communauté internationale qu’il faut agir et qu’on ne peut pas laisser, sans rien entreprendre, le tyran massacrer sa population sous nos yeux ; ces positions tranchent positivement avec celles qui étaient critiquées sur d’autres fronts. Elles ne sont pas marquées du sceau de la realpolitik. Nicolas Sarkozy est, ici, dans la ligne de ce qu’il avait dit qu’il serait avant d’être élu. Sa position sur la Lybie correspond, pour une fois, au très beau discours qui évoquait « la France de retour aux côtés des peuples qui se libèrent ». Discours que le président avait prononcé le soir même de son élection en 2007. Pour reprendre un précepte mitterrandien, en politique, peu importe la sincérité, (sincérité d’ailleurs impossible à évaluer) ce qui compte, ce sont les mots et l’action. Et en diplomatie plus encore qu’en politique, les mots peuvent être des actes.

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