Ce matin vous remarquez qu’aucun thème ne domine véritablement la campagne.

C’est étrange mais rien n’émerge vraiment à part, peut-être, un peu la fiscalité. On parle de la dette, de l’emploi, du pouvoir d’achat, de l’éducation, de la santé, de la banlieue, du logement. Tous ces thèmes sont abordés mais peinent a s’installer sur la durée. Il y a pourtant des alternatives claires, sur l’école ou le nucléaire par exemple. Mais aucune thématique ne domine ! En 2007, le travail et le pouvoir d’achat étaient les sujets autour desquels s’articulait la campagne. La méthode proposée était le retour du politique, le volontarisme et l’énergie, le retour de l’autorité et de la responsabilité. Nicolas Sarkozy avait réussi à imposer ces thèmes. Ils correspondaient d’ailleurs (d’où sa victoire) à une préoccupation de la population qui désespérait de l’action politique. Ségolène Royal aussi abordait principalement ces sujets. La candidate avait réussi à imposer au débat son vocabulaire, des mots, par exemple « la vie chère », en lieu et place de l’inflation et une méthode : « la démocratie participative ». Pour cette campagne François Hollande s’évertue à faire de la jeunesse le thème central. La jeunesse, comme le travail est un bon thème, parce que transversal, qui permet de parler de tous les aspects de la société : du logement, de l’éducation, de la dette (puisqu’il s’agit de l’avenir), de la sécurité, d’immigration (puisque notre société vieillie). Mais ça ne prend pas… la jeunesse n’est pas le thème central de la campagne. D’ailleurs…il n’y a pas de thème de central.

Pourquoi ?

On peut avancer deux explications. D’abord, la moindre affirmation d’un candidat se heurte maintenant à son chiffrage. On croit de moins en moins en la faisabilité de ce qui est annoncé. Nicolas Sarkozy, qui a construit son personnage sur le volontarisme, l’énergie, répète beaucoup en ce moment qu’il a mouillé sa chemise, qu’il s’est démené sans compter. Et pourtant les résultats ne sont pas là. Le volontarisme affiché tourne à vide. La différence entre le dire et le faire depuis 5 ans a échaudé l’opinion. La crise est bien sur la seconde explication. Les solutions ne viendront pas uniquement de nous, de la France. Et ce monde de la finance, le coupable, n’est pas réformable par la seule volonté nationale. Nos manettes ne répondent plus. Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs toujours pas cru bon de faire un programme écrit ! Nous avons le programme de François Hollande. Mais pour la première fois dans l’histoire des campagnes électorales, le candidat favori nous explique que son programme est, en quelque sorte, suspensif ! Il ne pourra être appliqué que si la croissance est là ! En général le candidat dit : « mon programme créera de la croissance » ! Alors François Hollande fait peut-être preuve d’une honnêteté inédite, mais en même temps il valide l’idée d’une relative impuissance des politiques. « Fort de ma légitimité nouvelle, j’irai négocier à Berlin et Bruxelles des ajouts au traité et des mesures pour relancer la croissance », dit en substance le candidat socialiste. La croissance, c’est officielle, ne dépend donc pas d’abord de nous. Dès lors, implicitement, il nous est demandé, non pas de choisir des programmes mais des personnalités capables, de par leurs qualités propres ou le rapport de force qu’ils représentent, capable d’obtenir, de l’Europe et des marchés des compromis qui nous seraient favorables. En 2007, c’était « ensemble tout devient possible ». Ça ne l’a pas été alors en 2012 c’est plutôt « ensemble, on fera ce qu’on peu ! ».

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