Ce matin… ces quartiers où la République recule.

Vous connaissez ces discours qui désignent régulièrement les cités, les quartiers où la République recule, où les trafiquants font la vie économique et l’islamisme la vie sociale. Communautarisme et ghettoïsation. Dénoncer ces dérives réelles produit 2 sortes de réponses. La 1ère réponse dit que pour lutter contre la ségrégation territoriale, il faut créer les conditions urbanistiques de ce que le géographe Jacques Levy appelle la co-présence, la mixité qui permet aux différentes populations de mieux se connaître, se côtoyer (notamment à l’école). Ça passe–par exemple- par le respect de la loi SRU : au moins 25% de logements sociaux par communes, même les plus riches. On en est loin. 2ème réponse possible : le maintien à l’écart des populations les plus pauvres, pour protéger le confortable entre-soi des quartiers aisés. C’est un racisme social, une forme d’apartheid rampante, une ghettoïsation presqu’assumée.

Et cet entre soi, c’est le réflexe, dites-vous, d’une partie de la population du XVIème arr de Paris.

Oui, et là, on ne parle même pas de mixité sociale mais d’un tout petit minimum de solidarité de base. On ne parle pas de logements sociaux mais d’une poignée de places pour sans-abris. Donc dans le très chic, très cher XVIème, une partie des habitants et le maire Claude Goasguen, s’opposent à l’installation d’un centre d’hébergement d’urgence de 200 places à la lisière du bois de Boulogne (200 places pour un arrondissement de 162.000 habitants… c’est grand comme Grenoble ou Toulon). Ce refus, signe d’un égoïsme flagrant, sidère par la véhémence incivique avec lequel il est exprimé. Les arguments éructés, les comportements vulgaires, de ceux qui ne veulent « pas de ça chez eux », prouvent que les pires racailles ne se trouvent pas en Seine-Saint-Denis. Le XVIème qui résiste à la moindre intrusion de la réalité sociale du pays, qui ne compte que 4% de logement sociaux contre 19% dans tout Paris, dont les habitants voient leurs appartements prendre de la valeur sans rien faire, simplement en observant la bulle spéculative immobilière gonfler, constitue –par leur refus de toute solidarité- une plaie sur le pacte républicain. Le reste de la population parisienne ne réagit pas du tout comme ça. Un même centre d’accueil d’hébergement d’urgence va ouvrir demain, jeudi, rue Coustou, dans le 18eme. C’est un arrondissement assez populaire mais le quartier de la rue Coustou est plutôt cossu (peuplé de ces bobos si souvent fustigés). Eh bien pas une plainte, pas une réclamation de riverains n’y a été enregistrée. Le 19eme très populaire voit s’amasser des réfugiés venus de Syrie ou d’Afghanistan. Et pourtant très peu d’hostilités, au contraire, plutôt des initiatives de solidarité et d’entre-aide. De même, les arrondissements de la classe moyenne plutôt aisée, comme le 12eme, abritent, sans aucun souci, entre 1000 et 1200 places d’hébergement d’urgence. Les quartiers les plus pauvres, le 19 et 20ème, ont plus de 1800 places chacun. Et aucune place d’hébergement d’urgence, 0 ! dans le 16ème, pourtant l’arrondissement le plus vaste de Paris. Ce n’est pas à Saint-Denis ou aux Mirail que la République recule le plus, mais bien dans le repus et pétochard 16éme arrondissement de la capitale.

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