Ce matin, droit de suite sur l'édito d’il y a un an, le 16 mars 2016. Thomas Legrand parlait de ces quartiers où la République recule.

Manifestation à Nice devant le tribunal où était jugé Cédric Herrou pour avoir porté son aide à des réfugiés
Manifestation à Nice devant le tribunal où était jugé Cédric Herrou pour avoir porté son aide à des réfugiés © AFP / Valery HACHE

Oui et le quartier en question, ce jour-là, c’était le très riche et chic XVIème arrondissement de Paris qui se révoltait contre la maire de la capitale qui voulait y installer un centre d’hébergement d’urgence de 200 places à la lisière du bois de Boulogne. Une partie des habitants s’était comportée comme ceux qu’elle dénonce souvent sous le vocable de « racailles inciviques et violentes », au cours de réunions houleuses pour protester contre cette intrusion de la réalité sociale du pays dans leur havre de paix et de prospérité.

Une pétition pour s’opposer à l’installation du centre avait même recueilli 40.000 signatures sur les 160.000 âmes que compte l’arrondissement.

Le XVIème ne comportait alors aucune place d’hébergement pour sans-abris, alors que les arrondissements populaires en hébergeaient déjà plusieurs milliers. Loin d’en appeler à une élémentaire solidarité, les élus de l’arrondissement avaient, au contraire, attisé la peur par des déclarations catastrophistes.

Eh bien, un an après, tout va bien !

Vous avez peut-être entendu le reportage de Géraldine Hallot, hier matin dans le journal de 8H, qui montrait que le centre est installé et que malgré des débuts difficiles, des actes de malveillance et même deux tentatives d’incendie, tout est rentré dans l’ordre. Aujourd’hui les manifestations de la population auxquelles le directeur du centre et ses locataires ont à faire face sont des manifestations de solidarité, des dons et des offres d’entraide, parfois même de la part d’anciens instigateurs de la pétition de l’année dernière. Les enfants logés dans ce centre sont scolarisés dans les écoles de l’arrondissement, c’est simple et sans drame. Il ne faut pas désespérer de ces quartiers à problèmes pour la République, de ces quartiers où l’incivisme social semble de mise, ces quartiers qui refusent l’installation de logements sociaux et encore plus de centres d’urgence comme celui-là…

Et il en va de même pour la répartition, non plus des sans-abris, mais des réfugiés à travers la France…

Oui, au moment du démantèlement de la jungle de Calais, en octobre dernier, plusieurs municipalités (élus ou population) s’opposaient, à l’installation de centres pour les réfugiés. A la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Waquiez disait même que la répartition de 2800 réfugiés dans sa région, peuplée de près de 8 millions d’habitants, serait « une folie », inacceptable ! Et puis… 6 mois plus tard, Auvergne-Rhône-Alpes a très bien digéré cet afflux, en réalité tout à fait modeste pour la 2ème région la plus riche de France. Partout où sont installés les réfugiés dans des centres n’excédant jamais 200 personnes (et le plus souvent quelques familles), tout se passe normalement et là encore, beaucoup de manifestations de solidarité.

La solidarité, c’est un ressort personnel et collectif qui se manifeste quand les préjugés se dissipent, quand la connaissance de l’autre, simplement son côtoiement quotidien, finit par dissoudre les peurs. L’image de la France qu’offrent les débats politiques, trop souvent dominés par les angoisses identitaires (toujours rentable électoralement), ne traduit pas la réalité d’un pays, en fait pas si trouillard ni si renfermé.

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