La façon dont Emmanuel Faber, le patron de ce fleuron de l’industrie, vient d’être débarqué, sous pression d’actionnaires minoritaires influents, de fonds dits ‘activistes’, ces investisseurs qui veulent pouvoir entrer sortir, au gré de la rentabilité immédiate, pose des questions politiques.

Emmanuel Faber en janvier 2021
Emmanuel Faber en janvier 2021 © Maxppp / Vincent Isore

A quoi bon voter des lois, comme la loi Pacte pour favoriser l’idée d’entreprises à mission, se souciant de la santé et de l’environnement, si quelques actionnaires, ‘courtermistes’, peuvent se débarrasser des dirigeants porteurs d’une autre vision de l’entreprise ? 

C’est l’éternelle question : le capitalisme peut-il se réformer lui-même, selon d’autres logiques que le toujours plus, toujours plus vite pour les actionnaires ? Le capitalisme peut-il ingérer la nécessaire responsabilité écologique ? 

Interrogation naïve, diront les anticapitalistes. Tout est question de rapport de forces et c’est vrai : ce que viennent d’infliger les fonds activistes à un patron, moins vorace, apporte de l’eau à leur moulin.  Emmanuel Faber avait renoncé à sa retraite chapeau et redistribuait une partie de ses revenus. 

Il voulait rendre ses produits plus écolo-responsables. Il s’attachait, par exemple, à ce que ses fournisseurs laitiers soient bien rétribués, pour garantir leur pérennité et la qualité du produit.  

Mais il était contesté en interne ? Est-on sûr que son renvoi est à ce point politique ?

C’est vrai que ce gestionnaire solitaire exaspérait beaucoup de cadres de l’entreprise (même parmi ceux qui avaient la même vision que lui)… Franck Riboud, fils du fondateur, lui-même, ne l’a pas soutenu. Et le gouvernement n’a pas levé le petit doigt, alors qu’il s’agit quand même d’une entreprise symbolique d’un capitalisme vertueux, qu’il prétend possible. 

Mais combien de patrons sont des capitaines plutôt solitaires et autoritaires ? 

Visiblement ceux qui le sont et bousculent l’incroyable conservatisme de ce monde sont plus rapidement débarqués. Les actionnaires des fonds spéculatifs savent utiliser la moindre faille de management pour se débarrasser de ceux qui pourraient porter une vision moins vorace, plus transformatrice, moins cour-termiste. Isabelle Kosher, patronne d’Engie, très investie dans la transition écologique a aussi été remerciée. 

Il se trouve qu’Emmanuel Faber et Isabelle Kocher n’étaient pas des patrons discrets, réservant leurs réflexions  au board, aux actionnaires ; non, ils donnaient leur vision du monde tel qu’il doit se construire avec leurs géants industriels.

Et après tout, ces personnages ont plus d’impact et d’influence sur nos vies que bien des politiques. Mais les actionnaires, pas tous… certains fonds du moins, très dynamiques et agressifs, exècrent les patrons qui se mêlent d’autre chose que de la rentabilité immédiate.

Pendant que ces patrons parlent, eux comptent. 

On saura bientôt si Faber et Kocher ont été débarqués à cause de leur caractère ou en raison de leur vision hétérodoxe, progressiste. Avant l’été, Engie doit donner ses objectifs de transition écologique. Le cap ambitieux fixé par Isabelle Kocher sera-t-il maintenu ? On verra aussi rapidement si Danone reste une entreprise à mission… Et ce sera un constat politique. 

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