Oui, je pense que tous les auditeurs qui étaient à l’écoute ont compris le message que Dominique Strauss-Kahn était venu délivrer hier sur notre antenne ! Il est venu nous dire « je suis de gauche », le FMI est de gauche, ce qui fait avancer le monde depuis deux siècles est de gauche. Le patron du FMI avait clairement l’intention de dépeindre son action au sens premier du terme : « dé-peindre » enlever la peinture néolibérale qui teinte l’action du FMI dans l’inconscient collectif. Le FMI, pour une partie de la population c’est bien sûr l’instance internationale qui déboule dans les pays en crise pour leur demander de tailler dans leurs dépenses publiques. Non, dit DSK c’est aussi l’instance qui demande aux pays trop endettés d’établir un impôt progressif et de ne pas couper les budgets de l’éducation. Le problème, c’est que les deux versions sont vraies et qu’au regard des critères qui définissent la gauche en France, Dominique Strauss-Kahn représente une institution qui, au mieux demande aux pays en difficultés, non pas de tenter des alternatives au capitalisme mais de s’y adapter sans trop creuser les inégalités. Ça place la barre de la gauche pas très basse… ou plutôt pas très à gauche. Ce discours peut-il être entendu à gauche en France?Déjà, ce discours prouve que Dominique Strauss-Kahn souhaite certainement se présenter en 2012. Quel intérêt le patron du FMI aurait-il à venir marteler « je suis de gauche » sur France Inter si ce n’était pour préparer le terrain d’un retour sur la scène politique française ! Ce message répondait à une petite musique que l’on commence à entendre beaucoup à gauche en ce moment et qui est synthétisé avec la verve de déménageur qu’on lui connaît par Jean-Luc Mélenchon « le FMI de Strauss-Kahn affame la moitié de la planète ! ». Alors le message de Dominique Strauss-Kahn peut-il être entendu à gauche ? c’était la question... En soit, ça parait compliqué parce que la tradition de la gauche démocratique française c’est de taper sur le libéralisme, d’avoir des mots révolutionnaires, un discours de rupture avec le capitalisme qui fait du bien à nos oreilles de descendants de sans-culotte, et puis, une fois au pouvoir, de se contenter de tempérer le capitalisme, de l’accompagner de notre tradition étatiste et jacobine. Le problème c’est que Dominique Strauss-Kahn ne peut pas tenir de discours beaucoup plus à gauche que ce qu’il fait en réalité parce que son champ d’action n’est pas la France mais le monde. Dans la même situation, Jacques Delors, dont le champ d’action était l’Europe en 1995 avait finalement considéré qu’il ne pouvait pas se présenter en tenant le discours qu’il aurait fallu pour s’imposer à gauche et qui aurait forcement été un peu en décalage avec ce qu’il aurait fait à l’Elysée. Donc, en temps normal, où par le passé l’opération Strauss-Kahn aurait pu avoir quelque chose de désespérée… mais dans la situation de défiance de l’électorat modéré vis-à-vis d’une droite en plein repli identitaire, l’espace pour un retour de Dominique Strauss-Kahn est peut être plus au centre de l’échiquier politique. DSK paraissait donc presque en décalage avec l’actualité politique hier s’adressant à la gauche alors que c’est le centre qui est en déshérence... A moins qu’en bon Mitterrandien, il ait compris que tout le monde sait : qu’il gouvernera, de toutes façons au centre et que c’est donc à la gauche qu’il faut s’adresser pour la rassurer. Les campagnes présidentielles sont des guerres de mouvement et d’occupations de territoire politique. Assurément elle a commencé hier pour Dominique Strauss-Kahn.

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