A la veille de la manifestation organisée contre le mariage homosexuel, vous revenez sur ce texte que le Président semble défendre assez mollement…

Oui, François Hollande à l’air de s’excuser de proposer cette réforme. A la question qui lui était posée mardi sur le caractère clivant de ce débat, il a tenté de rassurer en expliquant que tout le monde serait écouté, tout le monde serait entendu. Ces précautions suggèrent que l’idée de permettre aux couples homosexuels de se marier serait facteur de clivage. Une défense enthousiaste du texte aurait plutôt exigé que le Président démontre que, justement, l’extension d’un droit, c’est un acte unificateur ! Une partie de la population est exclue d’un droit et revendique de pouvoir en bénéficier… c’est le contraire du clivage! Il est un autre argument que l’on entend beaucoup en cette période où l’on fustige le communautarisme. Instaurer le mariage homosexuel serait céder à une forme de communautarisme, céder à la revendication des homosexuels et donc les reconnaître comme faisant partie d’une communauté, au mépris de l’organisation républicaine de notre société qui ne reconnaît qu’une communauté, la communauté nationale. Cet argument est réversible… il est même beaucoup plus pertinent dans l’autre sens. C’est justement en refusant que s’applique le droit commun à une partie de la population qu’on la catégorise, qu’on la sépare et donc la place au rang de communauté. Les homosexuels qui veulent se marier veulent une normalisation juridique, le contraire du communautarisme. Il est aussi assez étonnant qu’au moment où l’on invoque à tout bout de champ la laïcité, l’impérieuse nécessité de contenir les religions dans la sphère privée, on tente à tout prix de rassurer les évêques, les rabbins et les imams sur un sujet… qui après tout, ne les regarde pas !

Comment ça, ça ne les regarde pas ?!

Il s’agit d’une loi de la République sur le mariage civil. Rien à voir, par exemple, avec le débat sur l’école privée qui pouvait justifier une implication de l’Eglise dans la contestation d’une réforme qui touchait à l’organisation et au financement de ses établissements scolaires. Mais là, le mariage religieux n’est pas en cause, les églises pourront continuer à marier qui elles veulent et refuser de marier qui elles veulent. D’ailleurs l’Eglise et l’Etat n’ont déjà pas, par exemple, les mêmes règles en matière de divorce et de remariage ! A moins que les clergés catholiques, juifs ou musulmans craignent que parmi leurs fidèles, naisse une revendication de mariage homosexuel religieux. C’est déjà le cas aux Etats-Unis. Ça peut paraître incongru mais après tout, le philosophe Luc Ferry, explorant la signification du mariage chrétien, dans Le Figaro , écrit, je le cite : contrairement à une idée reçue, la finalité de ce sacrement n’est ni dans la transmission, ni même dans la filiation… Mais ne nous en mêlons pas, c’est un débat théologique qui s’animera sans doute dans quelques décennies, quand le mariage homosexuel civil sera tellement banalisé que les croyants homosexuels se demanderont pourquoi ils ne peuvent pas se marier religieusement. Bon, on n’en est pas là. Le gouvernement devrait donc écouter poliment les religieux, les recevoir avec toute la componction qu’il convient de déployer avec les "autorités à plumes", les évêques, imams et rabbins, puis les raccompagner respectueusement sur les perrons des ministères où ils auront été reçus, puis… faire comme prévu : proposer au Parlement le texte promis pendant la campagne présidentielle.

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