Changer notre mode de vie, rester terré chez soi, fermer des salles de concert, annuler des rencontres sportives, au-delà d’un week-end de deuil, serait céder au terrorisme. Tout le monde est d’accord avec cette résistance élémentaire. Il s’agit de rester libre. Hier d’ailleurs, les préfets n’ont pas appliqué l’interdiction de manifester et ont laissé la population se réunir sur les principales places des villes, et affirmer sa volonté, justement, de rester libre. Mais, ce que nous ne concédons pas aux terroristes, sur notre mode de vie, certains voudraient que nous le concédions sur notre liberté. Réclamer, comme le fait Laurent Wauquiez, quasiment de créer un Guantanamo à la Française, ou comme N.Sarkozy, un renforcement sécuritaire drastique et tous azimuts, ne peut se faire sans renoncer à trop de règles de droit qui garantissent contre l’arbitraire. Donc sans sacrifier trop de libertés.

Mais les attentats de vendredi sont bien la preuve que le système sécuritaire a été inopérant.

Il faut certainement faire ce que les militaires appellent un ‘retour d’expérience’, pour voir quelles ont été les failles. Mais le retour des frontières, un flicage plus ou moins généralisé, l’emprisonnement de tous les fichés S, bref l’établissement d’un régime d’exception, n’empêcheraient jamais aucun kamikaze (petit frère d’un fiché S) de voler une voiture, de la remplir de bouteilles de gaz bricolées et de foncer sur une foule, sans avoir été repéré par aucun service ! Le vrai courage politique serait de dire que le prix de notre liberté n’est pas moins de liberté (à quoi ça rimerait d’acheter de la liberté avec de la liberté), le prix à payer c’est plus de moyens pour des renseignements efficaces. Et aussi, c’est inévitable, le prix c’est le sang. Autrefois,c’était massif et, par intermittence, ça s’appelait la guerre ou la révolution. Il y avait une date de début et une date de fin et des monuments aux morts. Aujourd’hui, c’est diffus, sporadique et continue. Mais la liberté s’est toujours payée avec le sang. Les terroristes savent qu’ils ne gagneront pas avec des armes. Ils gagneront si nous nous autodétruisons nous-mêmes. Si on a peur d’aller au spectacle ou de boire un verre un vendredi soir en terrasse, ou, plus pernicieux, si l’on cède sur nos libertés, si l’on pointe des groupes de la population, si l’on sombre vers le tout-sécuritaire, si l’on confond la lutte contre le sentiment d’insécurité (montrer des policiers) avec la vraie lutte contre le terrorisme (cacher les policiers). La facilité sécuritaire, la suspicion généralisée détruit la liberté. Et la liberté, c’est ce que détestent le plus, depuis toujours, les fous de tous les dieux. A droite, N.Sarkozy n’a pas mis longtemps à glisser sur la pente sécuritaire, si politiquement rentable, dans les périodes de traumatisme collectif… Il faudra que le gouvernement nous démontre qu’il a des bonnes raisons, opérationnelles et non pas politiques, de prolonger l’état d’urgence, pour nous convaincre qu’il ne s’engage pas, lui aussi, sur cette pente que nous désigne le terrorisme.

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