Emmanuel Macron annonce donc sa candidature ce matin à Bobigny. A-t-il une chance pour 2017 ?

Comment savoir ? La défiance et la colère grondent contre les élus et ce qu’il est convenu d’appeler le système ! Si un milliardaire héritier de l’immobilier américain peut incarner la révolte anti-mondialistation, si, chez nous, une héritière de château bourgeois de Saint-Cloud peut représenter le peuple en souffrance, pourquoi un ancien banquier, énarque, jamais élu ne pourrait pas, après tout, renverser la table des convenances politiques ? Peut-être parce que, s’il est dans la transgression programmatique par rapport à son camp d’origine, il n’est pas dans la protestation et l’outrance, comme Trump ou Le Pen… Mais il est dit qu’en politique nous allons voir tout et le contraire de tout, et qu’il faut se départir des schémas habituels. Macron peut vite apparaître comme une escroquerie politique, un Brutus survendu et hors sol ou comme la représentation déracinée d’un monde fantasmé par la fameuse « élite déconnectée ». Elite qui voudrait -pour éviter le vrai bouleversement- proposer un faux contre-modèle, un semblant de révolution populo-centriste, sans autre assise que l’ambition glamour d’un charmant garçon. Ou… Ou, pourquoi pas, assistons-nous à la mise en place d’une proposition sérieuse qui s’appuie sur un diagnostic honnête et sans tabou, d’un antisystème ouvert, de l’ubérisation nécessaire d’une droite et d’une gauche devenues hémiplégiques. Le FN serait la face sombre et pessimiste de la révolte, Macron en serait la face lumineuse et optimiste. On a encore un peu de mal à le voir endosser les habits de la critique sociale mais au moins recherche-t-il un créneau politique qui a une forme de cohérence.

Quelle cohérence ?

La cohérence d’un certain libéralisme tempéré qui tente de s’adapter au monde qui vient. Nos schémas classiques, aidés par nos institutions qui favorisent le binaire, ont séparé des pensées d’inspiration libérale qui étaient faites pour se réunir. Dans le domaine social, Emmanuel Macron veut casser ce qu’il appelle les droits formels, des statuts qui ne protègeraient plus vraiment ceux qui en sont les détenteurs et qui excluent ceux qui ne sont pas dans le système. Sa déclaration de candidature depuis Bobigny, en Seine-Saint-Denis, n’est pas anodine. Macron est libéral en économie. Généralement, les libéraux français sont conservateurs sur les questions de société. Lui non. Il s’oppose fortement à la droite sur les sujets d’éducation, sur l’immigration, la définition de l’identité exprimée comme un repli. E.Macron a dans sa besace de quoi ringardiser la droite qui n’a pas l’air (on le voit avec la primaire) d’envisager réellement la révolution numérique, l’uberisation de l’économie… Il peut aussi faire apparaître la gauche poussiéreuse et engluée dans des logiques d’appareil qui n’intéressent que ses cadres. Emmanuel Macron est-il un soufflé, une lubie médiatique ? Ou une vraie offre politique qui s’apprête à révéler son épaisseur, sa substance ? La réponse à cette question ne dépend pas que de lui et de son mouvement mais réside aussi dans la nature du débat qui naîtra, en janvier prochain, de la primaire des socialistes. Pour l’instant Macron peut nourrir quelques espoirs.

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