La présidence Macron a évolué.

Emmanuel Macron a donc reconnu qu’il avait ‘échoué à réconcilier les Français avec leurs dirigeants’. Et a décidé de se ‘déjupiteriser’. Vous vous souvenez de ces tentatives répétées de ses deux prédécesseurs pour sans cesse se re-présidentialiser. Emmanuel Macron avait réfléchi à la question parce que dans notre système politique, seul un président respecté peut agir, pensait-il. Et notre drame, depuis Jacques Chirac, c’est l’impression d’impuissance publique. Pourtant cette impuissance, qui nourrit la défiance des citoyens n’était pas due au style de Chirac, Sarkozy et Hollande, mais bien au fait qu’ils étaient en fonction en des temps de plein essor de la mondialisation, de financiarisation de l’économie, et d’accélération de l’info, bref d’éléments qui désarment les exécutifs. Mais non, les politiques et les électeurs nostalgiques des années de Gaulle, jusqu’à Mitterrand, au cours desquelles ils avaient l’impression que le président présidait vraiment... pensaient que le problème venait de la personnalité et du mode de gouvernance des présidents des années 2000. Emmanuel Macron avait expliqué ça dans une interview à Challenge en 2016. Il disait vouloir s’inspirer des deux présidents les plus olympiens, 

je cite : ‘dans une présidence de type gaullo-mitterrandien, la recherche d'un champ, d'une focale, éloigne du quotidien et installe un rapport différent à l'actualité’ ... Emmanuel Macron, dans sa tentative jupitérienne, a voulu, dans un premier temps, retrouver l’autorité du surplomb et de la rareté. Mais ça ne tient plus. Il ne dispose pas de tous les pouvoirs qu’avait le Général et la machine infernale de l’actualité permanente, des réseaux sociaux,  crée un environnement dans lequel ni de Gaulle ni Mitterrand n’auraient tenu plus que les présidents modernes. Ce n’est donc pas le style ni même l’autorité naturelle qui est en cause mais l’éco système médiatique, économique globalisé de l’époque.

Donc Emmanuel Macron tente de s’adapter.

Oui, il redescend au niveau de ses concitoyens, leur parle, se fait engueuler par eux... ces échanges directs et souvent durs entament-ils son autorité ? Et sa capacité d’incarner ? Cette question est souvent posée. Finalement, Emmanuel Macron, qui ne croyait pas en la normalité des présidents, s’y soumet puisqu’il se fait de son plein gré enguirlander en public. Peut-être sommes-nous enfin passés de l’idée d’incarnation à l’idée de représentation. Après tout, dans une démocratie, le président représente plus qu’il n’incarne ! C’est Marcel Gaucher qui défend l’idée que notre démocratie se perd en voulant absolument que le président incarne la France comme un roi alors qu’il n’est que notre représentant. Même de Gaulle n’était que cela... la preuve, il a quitté le pouvoir, de lui-même, quand il a considéré ne plus représenter la volonté populaire. L’idée, sans doute, qui sous-tend  la démarche du président redescendu sur terre, c’est d’avoir l’air d’être au milieu des Français pour retrouver ce que Montesquieu affirmait ‘Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux’. Et puisque les corps intermédiaires, chargés de hiérarchiser et d’organiser ce dialogue peuple/gouvernant, sont affaiblis, la colère est devenue brute et difficilement déchiffrable, personnalisée par les Gilets jaunes.

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