Retour sur la phrase de JL.Mélenchon, prononcée vendredi sur la laïcité…

 Oui, une phrase qui –me semble-il- pointe un amalgame musulman/islamisme là où il n’y en a pas. Et inventer des amalgames ne fait qu’amplifier ceux qui existent déjà. Le chef de file des Insoumis a dénoncé, je cite :’ une haine des musulmans déguisée en laïcité’. Et c’est vrai, pour l’extrême-droite (et une petite partie de la droite), à l’évidence, la conversion à la laïcité, récente, opportune, ripoline leur xénophobie. On a d’ailleurs pu le vérifier ce week-end quand Marine Le Pen et une partie de la droite ont défendu les catholiques qui manifestaient et priaient en dehors de leur église. Qu’auraient-ils dit s’il s’était agi de musulmans ! On n’ose l’imaginer ! Mais la phrase de JL.Melenchon visait la loi contre le séparatisme que prépare le gouvernement.  Celle-ci serait donc marquée du sceau de la ‘haine antimusulmans’. Le mot ‘séparatisme’ permet, au contraire, d’en finir avec la notion trouble de ‘communautarisme’ qui laissait croire que toute une communauté est visée. Les mesures proposées –pour peu qu’elles soient efficaces-  (et le discours qui va avec) visent à endiguer la montée de l’islamisme, de l’islam politique. En quoi ces mesures pourraient être présentées comme ciblant la quasi-totalité des musulmans en quête d’une vie paisible chez eux, en France ? Alors c’est vrai, beaucoup de musulmans français (les jeunes, surtout) ont l’impression que la plupart des autres Français pratiquent l’amalgame. Ils estiment que la laïcité est une arme contre eux ou une philosophie alternative. C’est étonnant que JL.Mélenchon (parmi les plus érudits s’agissant de l’histoire de la laïcité) ne combatte pas ce sentiment. Parce qu’amalgamer racistes et ceux qui veulent réaffirmer la laïcité, c’est, en creux, favoriser l’amalgame islam et islamisme. 

Pourquoi JL Mélenchon prend-il ces positions ?

 Le candidat à la présidentielle veut-il aussi suggérer que Le Pen et Macron c’est, au fond, du pareil au même ? Résultat, le leader des Insoumis valide l’idée victimaire selon laquelle s’attaquer à l’islamisme c’est s’attaquer à l’islam. Il traduit, en fait, l’incapacité de cette partie de la gauche à proposer aux classes populaires une perspective sociale, une façon de politiser (au bon sens du terme) le ressentiment face à l’injustice ou aux discriminations réelles, comme le faisait autrefois le PC… JL.Mélenchon, en 2010, décrivait pourtant parfaitement le processus de victimisation : ‘on a le sentiment –disait-il- que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes — car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate — et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes.’ Ces propos allaient plus loin que la philosophie de la loi contre le séparatisme. L’amalgame et la victimisation se nourrissent l’un l’autre. Le _Mélenchon d’aujourd’hui considère-t-il que le Mélenchon de 2010 déguisait en laïcité une haine du musulman ? On dirait _que le leader de LFI a mis en sourdine sa vision claire de la laïcité pour préserver l’unité de son mouvement très divisé sur le sujet. 

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