Demain soir, premier débat télévisé entre les candidats socialistes. Les 3 concurrents y participeront bien, malgré les réticences affichées la semaine dernière par Ségolène Royal. Ah, ils ont bien cru que cette fois, elle était coincée la donzelle ! Prise en flagrant délit de non respect des règles du jeu. Car il a suffi que Ségolène Royal déclare la semaine dernière "qu’elle se réservait le droit de ne pas s’assujettir aux débats", pour que fabiusiens et strauss kahnien dénoncent bruyamment "cette adepte de la démocratie participative qui refuserait de participer à la démocratie". Cette dérobade donnait tout à coup du sens pensaient-ils, à leurs arguments: "ségolène Royal n’est pas cap", ni sur la forme ni sur le fond d’affronter le débat. Elle n’a pas d’idée, pas de nerfs. Autre preuve, sur la Turquie, toujours la semaine dernière, elle a été incapable de se prononcer. Alors aveu de faiblesse de Ségolène Royal? Peut être... à moins de considérer à l'inverse que la candidate a une nouvelle fois réussi à faire prospérer sa différence. Qu'est ce qui fait sa force? Le fait d'apparaître neuve aux yeux des Français, même si c'est incongru, et le fait d'avoir su nouer un dialogue direct avec l'opinion, au-dessus de la tête de son parti. Du coup, aujourd’hui, tout ce qui la fait ressembler aux autres efface sa singularité. Tout ce qui la contraint à être dans le même moule que les autres l’affaiblit. Voilà pourquoi, passer sous les fourches caudines des règles du parti sans barguigner, c’était à coup sûr « s’éléphantiser », c'est tout ce qu'elle redoute. Voilà pourquoi Ségolène Royal a été tentée de se soustraire à l’exercice. Tentée seulement pour ne pas provoquer une crise au sein du PS. En tout cas, même pour la procédure de désignation, elle entend parler aux Français, et pas seulement aux lecteurs de l’hebdo des socialistes. De la même façon, ses concurrents ont peut être eu tort de se gausser trop vite de sa réponse jugée évasive sur l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’Europe. « Mon opinion est celle des Français », a-t-elle déclaré. Mais à la même question l'an dernier, Dominique de Villepin donnait la même réponse sans soulever de bronca « je suis favorable à ce que la souveraineté de la décision soit remise aux Français » disait-il. Une fois encore, Ségolène Royal tente juste de se singulariser dans sa façon de concevoir le pouvoir. Convaincue que les élites politiques sont disqualifiées aujourd’hui, elle préfère rendre, dit-elle, le pouvoir au peuple. Le discours est contestable, mais séduisant pour une opinion publique qui considère effectivement que les partis politiques et leurs leaders sont discrédités. Les 2 adversaires de Ségolène Royal s’évertuent pour l’instant à tenter de la ramener dans le droit chemin: ils lui demandent du clivage, des mesures précises, pourquoi pas 110 propositions pendant qu'on y est, ils lui demandent d'être comme eux! Elle, tente de résister à cette pression d'homogénéisation, convaincue que c'est à cette seule condition qu'elle continuera de faire la course en tête.

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