Hier, pour défendre Denis Gautier-Sauvagnac, un ex dirigeant de l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie affirmait que la cagnotte de l'UIMM servait à « fluidifer les relations sociales ». Qu'en termes exquis en tout cas, ces choses là sont dites. Par fluidifier, on devrait comprendre, tout ce qui permet de "mettre de l'huile dans les rouages" de la négociation sociale. En l'espèce, par fluidifier, il semble qu'il faille surtout entendre aujourd'hui "arroser". Oui, cet ex dirigeant de l'UIMM nous explique publiquement, que sa fédération patronale "arrosait" tout simplement ceux qui participaient à la vie sociale de ce pays. Aveu troublant. Incomplet, l'intéressé affirme que les explications sur ce système doivent être réservées aux enquêteurs, mais aveu tout de même. "20 millions d'euros ? autrefois, l'UIMM c'était beaucoup plus" reconnait-il. Et l'on apprend ce matin dans la presse que le trésor de guerre de la fédération de la métallurgie, c'est effectivement plusieurs centaines de millions d'euros. Avec notamment une caisse de solidarité "anti grève" créée après guerre pour aider les patrons à résister aux revendications syndicales dotées aujourd'hui de quelque 160 milions d'euros. Des aveux qui posent questions : comment l'UIMM a-t-elle amassé un tel trésor de guerre ? Cet ex dirigeant affirme que tout est légal, et qu'il s'agissait d'une "sur cotisation" des entreprises pour contribuer à la mission de l'UIMM dit-il. Mais quelle est la mention légale sous laquelle ces entreprises surcotisaient ? Et puis enfin, à quoi et à qui a servi cet argent ? Evidemment officiellement, les syndicats crient tous en choeur et en boucle, depuis le début de l'affaire Gautier-Sauvagnac : "il n'y a pas de financement occulte de syndicats dans cette histoire"! Il appartiendra à la justice de le démontrer. Mais interrogez en Off comme on dit, syndicalistes ou politiques, et ils vous feront tous la même réponse : "Vous tombez de la lune ou quoi ? Oui, bien sûr, l'UIMM arrose depuis des années certains syndicats, certains syndicalistes, certains hommes politiques aussi, enfin ça c'était avant les lois de financement des partis politiques précisent-ils. L'UIMM est l'héritière du comité des forges, et elle a continué à se comporter de la même façon. Parce qu'elle a l'argent, c'est elle qui aide les patrons de sa branche, mais elle aussi qui alimente les caisses de fin de grève, ou qui arrondit les fins de mois d'un syndicaliste dans le besoin. C'est elle qui joue aussi des divisions syndicales, et qui tente de récompenser les partenaires les plus compréhensifs face aux plus durs." Ah ! Ca se passe comme ça?! Ces pratiques sont juste dignes du XIXème siècle, et ça tombe bien, la loi Waldeck Rousseau qui régit le financement des partenaires sociaux date du XIXème siècle ! Elle ne fait aucune obligation aux organisations syndicales de publier leurs comptes ! Alors, s'il était temps de jouer à saute mouton avec le siècle dernier pour donner à la démocratie sociale des règles de transparence dignes du XXIème siècle ? Les politiques, poussés il y a quelques années par des scandales politico-financiers, ont su se doter à partir de 1988, de lois destinées à moraliser la vie publique. Il y a sûrement encore des failles dans le système de financement public mis en place, mais il existe au moins des sanctions judiciaires en cas de manquements. Et bien aux partenaires sociaux de s'y mettre, d'ouvrir leurs livres de compte, peut-être de faire le ménage dans leurs pratiques, et de chercher à leur tour les voies d'un vrai financement légal. Parce que sincèrement, les valises pleines de billets, "les sacs de sports", nous dit-on, emplis de coupures d'euros pour aider à terminer une grève, c'est peut-être "fluide", mais pas franchement moderne !

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