Peut-on débattre de la dépénalisation du cannabis ?

Oui, mais pas un ministre ! Un ministre débat en vue de légiférer. Il n’est pas là pour commenter… A moins d’assortir son propos de précautions oratoires du genre : « je m’exprime à titre personnel, même si je sais que ce n’est pas la position du Président »… Sinon, c’est de l’enfumage ou du brouillage. Alors c’est vrai, Vincent Peillon a simplement répondu à une question de Jean-François Achilli dimanche, dans Tous Politiques sur France Inter . Il a dit, très naturellement ce qu’il pensait mais c’était déjà trop. Un ministre, c’est le gouvernement, il doit totalement s’oublier, surtout sur les sujets qui ne sont pas directement liés à son portefeuille. Sur la question de la dépénalisation il y a pourtant un vrai débat, passionnant d’ailleurs qui traverse le PS. Avec d’un côté, ceux qui, comme l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant, élu d’un quartier populaire de Paris, plaident pour la dépénalisation… et de l’autre François Hollande et Manuel Valls qui se sont tous les deux prononcés pour le maintien de l’interdit. On ne sait pas bien si François Hollande est contre la dépénalisation par conviction ou s’il pense que ce n’est pas le moment de se lancer dans une controverse politiquent risquée. Toujours est-il qu’il a tranché. Alors le débat peut et doit bien sûr continuer dans la société et même au Parlement si des députés voulaient rédiger une proposition de loi… mais pas au sein de l’exécutif si ce n’est pas lié à un projet précis.

C’est donc une gaffe de Vincent Peillon !

Oui, après dix ans dans l’opposition, dix ans pendant lesquels les barons du PS se sont forgé des avis et ont pris l’habitude de les défendre, sur toute une série de questions, il leur est visiblement très difficile de respecter une discipline. Benoît Hamon, par exemple, qui trouve certainement le budget qui va être présenté cette semaine parfaitement absurde, ne dira rien. Mais au-delà de ça, l’évolution du débat médiatique, la couverture de l’actualité politique en continu poussent les responsables à parler à tort et à travers. Un ministre important en 2012 passe beaucoup plus de temps sur les plateaux de télé ou de radio qu’il y a 20 ou 30 ans… et vous remarquerez qu’on leur demande de commenter l’actualité. Notre question réflexe c’est d’ailleurs : « quelle est votre réaction à tel ou tel événement ? ». La réaction à un sujet brûlant est plus rapide et directement consommable par nous, que l’explication de l’action sur un sujet complexe ! On demande d’ailleurs aux politiques de plus en plus leur sentiment personnel sur des sujets généraux. Ainsi un journaliste du Parisien demandait, la semaine dernière à la ministre des PME et de l’économie numérique de lui donner son sentiment à propos de l’adoption par les couples homosexuels. Elle était questionnée en tant qu’adoptée, elle-même. Fleur Pellerin a eu le bon reflexe de refuser de répondre et a simplement répété la position du gouvernement… Le problème c’est que le journaliste a dû certainement penser qu’elle usait, à ce moment là, d’une affreuse langue de bois. La ministre et le journaliste étaient chacun dans leur logique. Parfois ce n’est pas la même et c’est normal.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.