A l’occasion de la primaire socialiste de Marseille, les accusations de clientélisme fusent et Samia Ghali est particulièrement ciblée…

Oui, mais en réalité c’est Marseille elle-même, qui est réputée être la capitale du clientélisme politique en France. Jean-Claude Gaudin en serait le grand prêtre alors que Jean-Noël Guérini en est incontestablement le pape. Quand on écoute les premières déclarations de Marie-Arlette Carlotti qui parle de détournements, d’intimidations, d’argent échangé, de moyens paramilitaires… il ne s’agit pas là de clientélisme mais de banditisme et c’est sans doute pour cela que la candidate malheureuse n’a pas réitéré ses accusations… qui sont peut-être à mettre sur le compte d’un autre stéréotype marseillais : l’exagération. Le clientélisme tel qu’on l’entend d’habitude consiste à établir une relation d’intérêt personnel ou collectif entre un élu et les citoyens. Les suffrages se monnayant contre des services. L’idéologie est bien loin, les considérations politiques inopérantes, seule compte la capacité de l’élu d’actionner les bons leviers du pouvoir afin de régler quelques problèmes concrets et obtenir des avantages pour le plus d’électeurs possibles. Dans l’esprit de bien des élus qui fonctionnent au clientélisme (mais aussi des citoyens, parce les citoyens sont les premiers responsables du clientélisme), il n’y rien de répréhensible. Pour eux l’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers des électeurs clients.

Les scrutins municipaux sont les plus propices au clientélisme…

Oui parce que le mandat de maire est celui de la proximité et du quotidien, de la voierie, de la scolarité, des permis de construire, de l’état civil. Les limites du clientélisme sont difficiles à déterminer mais les maires d’arrondissements (à Paris, Lyon ou à Marseille) sont encore plus sujets au clientélisme puisqu’ils n’ont aucun pouvoir en matière de politique publique, ils ne sont que des courroies de transmission entre la population et les vrais détenteurs des manettes. Ce sont donc des « réseauteurs » acharnés. Samia Ghali est proche de nombreuses associations sportives, culturelles, d’aides sociales implantées dans les quartiers nord. Mais ça ne suffit pas. Son discours très sécuritaire est un discours politique, tout comme ses positions fermes sur la laïcité et surtout sur la cohésion nécessaire entre les quartiers nord et sud de la ville (notons au passage que l’on est loin d’un activisme communautariste que certains on cru déceler). Les méthodes et les postures de Samia Ghali ne plaisent pas à l’appareil du PS, la sénatrice, qui n’est visiblement pas très souvent en séance au Palais du Luxembourg, aura usé aussi d’une dose de populisme en pointant l’incurie du gouvernement (ceux de Paris) alors qu’elle fait partie de la majorité et qu’elle a voté le budget. En réalité Samia Ghali qui a beaucoup de défauts dont celui d’être proche de Jean-Noël Guérini ou de Bernard Tapie, est le reflet d’un paysage politique désidéologisé. La mort des grands modèles, des schémas politiques simples, des structures partisanes tentaculaires qui encadraient et organisaient les luttes, la vie sociale et culturelles des quartiers populaires, a laissé place à des icônes populistes. Au-delà du clientélisme, du populisme et de la maîtrise parfaite du covoiturage et de la location de mini-bus, l’engouement que suscite Samia Ghali dans les quartiers, a de quoi ébranler Solférino alors que le PS, depuis des mois, cherche les moyens de renouer avec les classes populaires !

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