Vous vous interrogez ce matin sur deux mots utilisés à gauche, dans le débat sur les réformes : « tabou » et « totem ».

Oui quand Emmanuel Macron parle du travail du dimanche, des seuils sociaux, de l’assurance chômage, utilise le mot «tabou »… la gauche serait prisonnière de ses tabous. C’est étrange parce que la notion de tabou n’est pas forcément négative : une société ne peut pas vivre sans quelques tabous, sans interdits. Le travail des enfants est heureusement un tabou. Un tabou, généralement, c’est plutôt un interdit moral, et ceux qui dénoncent les tabous de la société ont parfois une vision conspirationniste : « le tabou du lobby juif », le « tabou des chiffres de la délinquance chez les immigrés ». L’énoncé même de ces thèmes sentent le souffre, le fantasme, le débat piégé. Eric Zemmour, par exemple, prétend lever des tabous en expliquant que la France de Vichy a sauvé des juifs. Il ne fait, en réalité, que du révisionnisme. Il est quand même nécessaire, parfois, de s’attaquer à certains tabous.

Une société ne peut pas vivre sans tabous mais elle doit régulièrement en faire le tri… Et c’est vrai que le travail du dimanche, les seuils sociaux ou l’indemnisation des chômeurs, sont des tabous à gauche… C’est d’ailleurs pour ça que ces questions n’ont pas été abordées par le candidat Hollande en 2012. Sont-ce des tabous à faire sauter? C’est le débat qu’a ouvert le ministre de l’Economie.

Macron veut débloquer des domaines devenus impossibles à réformer .

Alors il parle aussi de norme à supprimer, plutôt que de droits. C’est malin, il y a plus de charge négative dans la norme. On se bat pour un droit pas pour une norme. Mais en choisissant d’utiliser le mot de tabou, il risquait de se voir opposer un argument fort de la part des gardiens des droits. L’argument aurait dû être « oui, ça c’est une limite, un interdit… un tabou ». De fait, il paraitrait tout à fait normal qu’un ministre de la Justice de gauche qui proposerait le rétablissement de la peine de mort, se voit répondre : stop, tabou ! Et au lieu de cela, Jean-Christophe Cambadelis a répondu : « nous n’avons pas de tabous, nous avons des totems ! » Or, si une société ne peut pas vivre sans tabous, elle peut très bien vivre (c’est même recommandé) sans totem. Le totem, cette représentation divine ou magique devant laquelle on ne pense plus, devant laquelle on se prosterne ! En utilisant ce terme inapproprié, Cambadelis n’a fait que valider le constat de Macron : ce qui est considéré comme totem par le patron du PS relève bien de ce qu’il faut faire sortir du champs des interdits. D’ailleurs, si Emmanuel Macron avait été plus malin, il aurait commencé par dire ça: « il faut s’attaquer aux totems de la gauche ». Bref, Macron aurait dû dire « totem », Cambadelis aurait dû répondre

« tabous » et surtout… surtout, les socialistes auraient dû régler ce débat, ésotérique, avant de se faire élire ! Ça aurait été la moindre des choses démocratiques.

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