Lundi, la conférence sociale s’ouvrira sans la CGT. L’ambiance sociale du pays est au plus bas…

Oui, avec, en plus la manifestation des policiers, l’impasse prévisible des négociations sur les retraites, les suites de l’affaire Air France, le tout dessine un climat social bien plombé. Des syndicalistes refusent de serrer la main du Président. M.Valls et E.Macron ne peuvent plus effectuer une visite sur le terrain sans risquer de se faire chahuter, la courbe du chômage toujours tournée vers le haut… Et en plus il fait froid…heureusement que le musée de l’homme rouvre. Je ne suis pas sur que cet évènement majeur soit de nature à ré-enchanter le rêve Français… oui… ça pourrait ressembler à de l’acharnement de le rappeler mais souvenez-vous, le candidat Hollande en 2012 voulait « ré-enchanter le rêve français ». Et ce ré-enchantement passait, d’abord par l’apaisement de la société et l’établissement d’un vrai dialogue social, seul moyen (surtout pour un social-démocrate) de réformer en profondeur, avec l’assentiment des corps intermédiaires, enfin réhabilités. Le moins que l’on puisse dire c’est que –pour l’instant - c’est raté.

Et pourquoi ça ne marche pas ?

Alors on a déjà beaucoup glosé sur le caractère manchot de la social-démocratie française. Un patronat à l’ancienne, des syndicats à la culture protestataire. Il y a le contexte économique, bien sur… mais surtout des raisons politiques. Les partenaires sociaux sont appelés, dit le gouvernement, à réformer pour adapter le modèle social Français, mais on a surtout l’impression qu’il s’agit de négocier le rythme de son dé-tricotage. Et c’est là que le Parti socialiste, sensé nous convaincre du contraire et animer le débat idéologique de la majorité, sensé baliser le chemin vers le «réenchantement du rêve Français», ne rempli vraiment pas son rôle ! Voilà, par exemple, comment JC Cambadelis, le patron du PS définissait lundi, la gauche, sa gauche face à des auditeurs qui lui réclamaient une définition, un but: « Etre de gauche, dit-il, c’est s’ancrer dans la réalité et dans la réalisation de la lutte contre le chômage ». En politique, il y a une façon assez efficace de déterminer la profondeur d’une phrase creuse. C’est quasi scientifique (puisque nous sommes ici entourée de chercheurs) et très simple. Ça consiste à voir si la phrase peut marcher pour d’autres forces politiques…si oui…la phrase est creuse : je relis d’abord le mot de Cambadelis « Etre de gauche c’est s’ancrer dans la réalité et dans la réalisation de la lutte contre le chômage ». Essayons avec la droite : « Etre de droite c’est s’ancrer dans la réalité et dans la réalisation de la lutte contre le chômage ». Ça marche, il y a de l’écho ! C’est très creux ! Vous pouvez tenter l’expérience chez vous avec « écologiste », « giscardien », « franc maçon », « juppéiste », « agent à pôle emploi »… « Etre agent à pole emploi c’est s’ancrer dans la réalité et dans la réalisation de la lutte contre le chômage » ça marche aussi. En réalité l’action de cette majorité n’est plus inscrite dans une lignée politique définie, ou dans un chemin de transformation de la société assez claire pour que les sacrifices à consentir soient acceptés. Ré-enchanter le rêve Français, c’est un beau slogan. On a juste oublié de définir le contenu du rêve, c’est à dire le but commun… ce qui fait que syndicats et patrons peuvent se mettre autour d’une table pour dépasser leurs seuls intérêts propres.

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