En France, le pôle écologiste est en train de naître. Il se passe en ce moment chez les verts exactement l’inverse de ce qui se passe au PS et, il faut bien l’avouer, exactement l’inverse de ce qui se passe d’habitude chez les verts depuis des années, puisque dans le mouvement écologiste français, l’amateurisme politique disputait le pointillisme idéologique. Aujourd'hui, la galaxie écologiste est en train de se réunir avec les élections européennes comme horizon. Daniel Cohn-Bendit revient avec son charisme un peu foutraque mais aussi avec cette capacité à agréger des écologistes séparés depuis longtemps : l’alter mondialiste José Bové, le médiatique Nicolas Hulot, des responsables de Greenpeace et même l’austère Eva Joly qui travaille depuis plusieurs années sur les questions d’aide au développement. Ce ne serait qu’une affiche étoilée de plus s’il n’y avait pas en même temps l’amorce d’une réflexion de fond. Ces derniers temps, beaucoup d’idées écologistes ont été reprises, notamment par le gouvernement. Mais les responsables écologistes, les responsables d’associations, qu’ils aient participé au Grenelle de l’environnement ou qu’ils l’aient boudé, ont évolué ces derniers mois. D’abord, avant le Grenelle et avant que les principaux candidats à l’élection présidentielle ne défilent devant Nicolas Hulot pour se faire apposer une pastille verte sur le front ; les écologistes étaient considérés comme de doux rêveurs ou des gauchistes mal dégrossis. Les différents ministres verts qui se sont succédés sur le pauvre marocain rabattable de l’environnement se bagarraient avec leur maigre budget. Aujourd’hui, la cause environnementale –c’est vrai - est reconnue par tous. Le ministre de l’environnement est le seul ministre d’Etat, mais le terme "développement durable" est tellement galvaudé qu’il désigne même l’action de prendre un Vélib’ou de fermer le robinet quand on se lave les dents. Il se trouve que devant ce qui peut apparaître comme leur victoire idéologique, les écologistes sont nombreux à penser que l’urgence environnementale n’est pas réellement prise en compte. Nicolas Hulot, qui est très silencieux en ce moment, laisse parler ses amis. Ces derniers - comme Jean-Paul Besset - se sont rapprochés des verts et de Daniel Cohn-Bendit. Nicolas Hulot rejoint ceux qui estiment que la régulation écologique se heurte au laisser-faire du marcher. Celui qui voulait convaincre les libéraux de promouvoir une croissance dite soutenable met maintenant -dit un de ses proches- : « de plus en plus en avant l’incompatibilité entre les mesures nécessaires à l’écologie et le libéralisme ». Est-ce cette évolution marque un virage à gauche du mouvement écologiste ? Ce serait trop simple de le qualifier ainsi. Ils constatent simplement la limite du concept de croissance soutenable. Le projet de plate forme du pôle écologiste, qui est en train de naître s’oppose à « l’organisation productiviste, libérale, consumériste portée par l’idéologie de la croissance ». Donc, la notion de croissance soutenable est caduque. Les écologistes se rapprochent des théories établies dans les années 70 par l’économiste Nicholas Georgescu-Rogen, développées aujourd’hui par Serge Latouche. L’idée c’est que la croissance, qui a longtemps permis l’enrichissement et la répartition est maintenant plus un problème qu’une solution, surtout qu’elle se heurtera bientôt à la raréfaction des matières fossiles. Alors c’est vrai que ce concept séduit plus facilement des électeurs de gauche que de droite puisqu’il implique une certaine régulation par l’Etat. Mais, en même temps, il parait incompatible avec le programme des socialistes qui se donne toujours comme but la redistribution de richesses produites dans le cadre du marché et d’une croissance maximum. Bref, nous sommes à la veille, à gauche d’un débat de fond qui n’a eu d’équivalent que celui entre communistes et sociaux démocrates après guerre.

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