Oui, vous faites référence à la séance d’hier à l’Assemblée... On a l’habitude des claquements de pupitres, des départs théâtraux de l’hémicycle de l’opposition. Surtout les mardi, et mercredi, jours des séances télévisées au cours desquelles les éclats, les déclarations à l’emporte-pièce des parlementaires regroupés autour des micros, c'est-à-dire dans le champ des caméras, tentent de concurrencer les feuilletons de l’après midi pour le public d’électeurs du troisième âge. La dramatisation fait donc parti du débat parlementaire mais ce qui s’est passé hier est plus authentique et plus symbolique. Le Président de l’Assemblée a commencé par suspendre les débats pour contrecarrer un détournement de la procédure par les socialistes qui voulaient retarder le vote de la réforme des retraites. L’opposition a parlé d’attitude putschiste. Les députés de gauche ont siégé, au moment du vote, avec leurs écharpes tricolores pour donner à leur action l’accent d’une défense de l’essentiel, de la République. Alors dans cette attitude du groupe socialiste, il y a une part de manœuvre. La procédure d’explication de vote individuel n’est pas faite pour faire durer les débats. Cette nouvelle règle est destinée à permettre à un député ayant une position différente de son groupe de pouvoir l’exprimer. Donc les uns ont abusés de la procédure et les autres ont escamoté les débats ?Oui mais dans cette affaire on ne peut pas renvoyer dos à dos chaque camp. C’est vrai que le débat sur les retraites n’en était pas un. Il n’y a pas eu de véritables négociations et surtout les parlementaires (et à fortiori ceux de l’opposition) ont de bonnes raisons de penser qu’ils sont négligés par l’exécutif. Pour preuve, pendant la fameuse séance houleuse à l’assemblée, le président de la République recevait les sénateurs de la majorité. Déjà (même si c’est devenu une habitude et que ça n’étonne plus personne), le fait que le président se comporte en chef de la majorité parlementaire, nuit à la fonction un tant soit peu arbitrale qu’a normalement un chef de l’Etat élu directement par le peuple. Mais en plus, Nicolas Sarkozy a dit aux sénateurs de son camp quelle serait la marge pour amender le texte. C'est-à-dire que c’est le président qui décide, à l’avance du résultat de ce que l’on croyait être un débat. Alors si on élargit, si l’on regarde le contexte général politique de cette semaine : sur la réforme des retraites, donc on a vu, le parlement n’est pas respecté, sur la question des roms, la France est montrée du doigt par la commission européenne et l’ONU, sur l’affaire Woerth il y a les soupçons d’utilisation abusives du contre-espionnages pour identifier une source journalistique. Dans ce tableau, la démonstration symbolique, c’est vrai un peu grandiloquente des socialistes à l’Assemblée, trouve quand même une justification qui sera partagée bien au-delà de la gauche. Il y a une ambiance en ce moment de fuite en avant, de perte de contrôle du discours politique. Mais quand même le clou de cette journée d’hystérie politique aura été la réflexion faite par le président de la République sur la commissaire européenne à la justice Viviane Reding qui, puisqu’elle nous critique, devrait accueillir des Roms chez elle, au Luxembourg. Nicolas Sarkozy place la parole du chef de l’Etat au niveau de celle d’un polémiste de l’UMP. Il nous fait du Fréderic Lefèvre mais européen! Une petite dose de Sénèque, celui qui prône le détachement et la sérénité ne ferait pas de mal en ce moment... Il disait : « il n’y a vraiment de grand que ce qui, en même temps est calme »

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