Ce matin, vous inventez une nouvelle unité de mesure très utile –dites vous- dans l’analyse politique… Le CBPFN.

Oui le CBPFN, c’est l’acronyme de « C’est Bon Pour le Front National ». L’essentiel de l’analyse politique, en ce moment se conclut par un très inspiré « cette affaire fait les choux gras de Marine Le Pen » ou un non moins original « c’est Marine Le Pen qui va tirer les marrons du feu ». J’ai moi-même conclu quelques récents éditos par une dose de CBPFN. L’affaire de la bijouterie de Nice, ça vaut au moins 3 CBPFN, le soutien populaire au bijoutier, via les réseaux sociaux, 5 CBPFN… un meurtre à Marseille 2 CBPFN. Une réunion interministérielle à Marseille sur la sécurité en présence d’élus multi-cumulards et mis en examen 4 CBPFN, une norme européenne contraignante 1,5 CBPFN (c’est très précis comme unité de mesure). La sortie de François Fillon sur l’alternative PS/FN, « il faut choisir le moins sectaire », peut faire sauter le compteur de CBPFN ! Vous avez remarqué, une usine qui ferme, le chômage qui monte et on n’utilise plus le CBPPC, « C’est Bon Pour le Parti Communiste », unité de mesure aussi désuète que le franc, le pied ou la lieue. Le CBPFN est une unité de mesure dotée d’une particularité scientifique assez étrange, qui ne déplairait à notre invité Pascal Durant s’il ne s’agissait pas de l’extrême droite : elle se régénère elle-même ! C'est à dire qu’à chaque fois que l’on dit « c’est bon pour le Front National »… Eh bien ça devient encore meilleur pour le Front national ! Ça s’autoalimente !

Comment en est-on arrivé là ?

Quand on dit « C’est Bon Pour le Front National », on dit en creux « le diagnostic du FN est bon donc le FN a raison. » Alors que la réalité c’est que les faits, non contextualisés, les faits simplifiés, renforcent le FN…. Donc ce sont plutôt les faits relatés et expliqué tels qu’ils sont relatés et expliqués qui renforcent l’extrême droite ! L’activité politique du FN consiste à souligner tout ce qui ne marche pas dans la société. C’est –me direz-vous- ce que font les partis d’opposition ! Sauf que l’UMP et le Front de gauche, (pour des raisons idéologiques mais aussi parce qu’ils exercent des responsabilités locales) ne peuvent pas se positionner dans une outrance négative trop appuyée sous peine de se mettre en contradiction avec eux-mêmes. On est toujours en situation de dire aux responsables UMP qui critiquent ce que fait la majorité : « mais que n’avez-vous pas régler ce problème quand vous étiez au pouvoir ? » Et au Front de Gauche on peut rétorquer « si tout est si dramatique avec les socialistes pourquoi gouvernez vous les villes, départements et régions avec eux ? ». Bref, seul le FN est actuellement totalement irresponsable (au sens sans responsabilités, donc plutôt a-responsable). Il peut donc souligner, surligner, « stabilobosser » en fluo tous les dysfonctionnements et adapter son discours qui n’est pas fait pour régler une question mais plutôt pour susciter une indignation. Le FN a parfois été en situation de responsabilité. Quatre municipalités en 1995. Quatre naufrages municipaux dans la gestion, des mises en examen ou des départs du parti. C’est oublié depuis longtemps. On en vient à croire que si le FN remporte quelque mairies en 2014, donc doit faire face à des réalités, eh bien, il risque de perdre quelques CBPFN pour la présidentielle de 2017.

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