Oui, vous avez entendu hier, ici même, Laurent Fabius, fustiger les frondeurs « on est dans la majorité ou on est dans l’opposition. S’abstenir ça veut dire qu’on se désintéresse des affaires de la France » expliquait en substance le numéro 2 du gouvernement à l’unisson du le premier Ministre et du président du groupe socialiste à l’Assemblée. De l’autre côté vous avez Jean-Luc Mélenchon qui trouve l’abstention incohérente et appelle les frondeurs à devenir des réfractaires et donc à voter « non ». Sur ce coup Mélenchon est très Vème République…Dans la logique de nos institutions l’abstention n’a pas de sens. Du moins lors d’un vote de confiance ou du vote du budget, c'est-à-dire lors des quelques votes-clefs, destinés à délimiter les contours d’une majorité. Les parlementaires n’ont pas été élus par le peuple pour dire « nous ne savons pas si nous sommes dans la majorité ou dans l’opposition ».

Pourtant, l’abstention est compréhensible dite-vous !

Oui, parce qu’au-delà des réflexes d’écuries qu’il serait vain de détailler, il y a des députés socialistes qui pensent que la route empruntée par le gouvernement n’est pas la bonne. Ils peuvent, tout aussi bien que Manuel Valls, invoquer la cohérence de la campagne de François Hollande pour exprimer leurs doutes. Il y avait, en 2012, de quoi laisser croire à chaque socialiste (du flanc gauche ou du flanc droit) que ses solutions étaient contenues dans le programme. Après tout, ET Arnaud Montebourg ET Manuel Valls avaient rejoint François Hollande entre les deux tours de la primaire. Si la chambre des députés n’était pas qu’une imprimante des désidératas de l’exécutif, avec ses modes laser : votes bloqués, 49.3 et ordonnances, bref si le Parlement en était vraiment un, les quelques députés qui, pour diverses raisons, ne sont pas exactement toujours dans la ligne du gouvernement, ne seraient pas considérés comme des frondeurs… Il n’y a pas de place pour le débat dans le simplisme de la Vème République qui ne connaît que le binaire, le godillot ou le traitre ! Le parlement Français est aussi miné par la bipolarité gauche/droite caricaturale et hermétique, à cause de la mécanique du fait majoritaire. Elle génère des attitudes totalement irrationnelles que tout le monde finit par intégrer et trouver normales. Ainsi les centristes vont bien sur voter, comme un seul homme, contre la confiance. Manuel Valls, d’ailleurs, serait bien embarrassé d’avoir le soutien des centristes. Pourtant, même sans connaître encore le texte de Valls, je vous fiche mon billet qu’il sera tout à fait compatible avec ce que pensent, en vrai, les centristes ! En privé ils le disent… Les discours prononcés à l’Assemble ne sont pas approuvés ou réprouvés pour ce qu’ils disent mais en fonction de celui qui les prononces. Chaque petit événement institutionnel, comme ce vote de confiance, nous fournit désormais un argument pour affirmer que, décidément la Vème République a fait son temps.

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