Ce matin, Edward Snowden interpelle la France.. "Tout homme libre a deux pays, le sien et la France" : cette phrase (seul vers resté célèbre de l’obscure dramaturge Henri de Bronier, tiré d’une pièce de 1875) était dans les têtes et les cœurs des persécutés du monde au XIXe siècle et au début du vingtième.

Edward Snowden en mai 2019
Edward Snowden en mai 2019 © Getty / Rosdiana Ciaravolo

Même au-delà, combien de Chiliens, de Cambodgiens, d’Espagnols, d’Européens de l’est et bien d’autres militants de la liberté d’après-guerre, ont trouvé refuge en France ? Aujourd’hui, la France n’est plus vraiment ce havre de paix. Pas plus (et parfois moins) que certains de ses voisins. Edward Snowden, dans l’entretien que vous entendrez à 8h20, demande à Paris de retrouver son âme et de l’accueillir. 

L’ancien agent, qui a révélé la façon dont la CIA et la NSA agissent, dans l’ombre, à l’encontre de leur propre charte, des règles internationales, dans une entreprise d’espionnage généralisée des individus et des Etats, même alliés comme la France, cet agent exilé a œuvré pour les valeurs démocratiques. La tendance générale est à l’atrophie de la démocratie et des libertés. Les démocraties dites "illibérales", les partis autoritaires des vieilles démocraties,  progressent. 

Mais la France s’est choisie un président qui revendiquait d’aller à l’encontre de cette tendance. Beaucoup se sont alors dit, à travers le monde : "Et si la France, enfin, remontrait la voie ?"

Et… bien pas vraiment ! 

Emmanuel Macron s’est bien présenté, sur la scène internationale, comme le défenseur de la démocratie libérale, bête noire des Orban et autres Bolsonaro, brutes politiques. Mais la France, malgré son discours, a préféré en rabattre (même un peu) sur ses libertés, plutôt que de les renforcer pour prouver que le terrorisme n’avait aucune prise sur nous !

La France a intégré dans son droit commun une bonne partie des règles de l’état d’urgence et renforce ses dispositifs de surveillance de masse. Pourtant, avec ses voisines d’Europe de l’ouest, elle reste une contrée de liberté inégalée sur la planète. Comment comprendre alors qu’on ait laissé à la Russie autoritaire de Poutine une telle victoire symbolique de la liberté en accueillant Snowden ? 

Dans le monde, il n’y aurait que Moscou pour offrir l’asile à un héros de la liberté moderne ? Malgré la prise de position de la garde des sceaux Nicole Belloubet qui s’est déclarée, hier, favorable à l’accueil de Snowden, l’Elysée, selon toutes vraisemblances, ne répondra pas. Attendons-nous à un lénifiant "nous étudions la demande qui n’est pas encore formulée en bon et due forme". 

Mais soyons honnêtes… 

Accueillir Snowden serait risqué un conflit diplomatique majeur avec Washington et des tensions sur le front de la coopération militaire et de renseignement. C’est-à-dire la possibilité de mettre en danger des Français engagés sur divers terrains à travers le monde. Mais malgré ces difficultés… notre rôle n’est-il pas de rappeler que cette phrase ‘tout homme a deux pays, le sien et la France’ rend beaucoup de Français fiers de l’être ?

Emmanuel Macron redonnerait à la France une partie de sa raison d’être, indépendante et libre, s’il trouvait les voies et moyens, même risqués, d’accueillir Edward Snowden sur notre sol.

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