L’édito politique du jour, avec vous Yael Goosz : Edouard Philippe, ce revenant jamais vraiment parti... L'ex-Premier ministre est au service de qui ? Du Président et de la majorité ? Non, d'abord de lui-même.

Paris Match, fin juin. Edouard Philippe fait la une, il marche, pantalon chino moutarde, dans les rues du Havre. Le titre : « Cet inconnu qui gouverne la France… ». A la limite du publi-reportage. Ultime offensive du camp Philippe pour inciter le Président à le garder. On connaît la suite. Aujourd’hui, ce serait plutôt : Edouard Philippe, « cette star qui ne gouverne plus… ». Mais qui bénéficie à fond de la loi des sondages ! Plus vous vous retirez des affaires, et plus votre popularité décolle. Personnalité politique préférée des Français dans le dernier baromètre Ipsos ! 

Ce qui laisse de marbre ce Normand, « violemment modéré », comme avait dit Bernard Cazeneuve, lors de la passation de pouvoir en 2017. Violemment modéré, mais sacrément disponible en ce mois de septembre ! Petit aperçu de l’agenda : meeting ce soir à Octeville-sur-Mer, pour soutenir la liste de la droite et du centre aux sénatoriales en Seine-Maritime. La semaine prochaine, bis repetita dans l’Eure chez son ami ministre Sébastien Lecornu. Et le 25 septembre, discours à Angers devant La République des maires, cette association d’élus de droite, tendance Juppé, fondée par Christophe Béchu.

Vous avez bien dit, « de droite » ?

Edouard Philippe n’a jamais renié ses origines et la fondation de l’UMP. Tout ce réseau, il le cultivait déjà avant et pendant Matignon. Et la REM n’a jamais été une option. Ce qui fait que sa cote est bonne aussi chez les sympathisants LR… D’ailleurs, François Baroin hors course, il y aurait une place à prendre… Mais ça, c’est de la science-fiction. 

Il est libre, Edouard Philippe. Il écrit sur ses années Matignon, et entrera bientôt au conseil d’administration du géant du numérique Atos, tout en restant maire du Havre à temps plein. L’ex-lobbyste d’Areva ne se ferme aucune porte, publique ou privée. Mais n’a donc pas de temps à consacrer aux marcheurs. 

Pourtant, l’Elysée l’avait imaginé en animateur / reconstructeur de la majorité présidentielle ? Il n’en est rien. Il laisse Jean Castex gérer la « scoliose » d’Emmanuel Macron, des députés issus de la gauche pour un socle d’électeurs qui a basculé à droite. Castex qui répète sur tous les tons qu’il est le « chef de la majorité » sans que les faits ne lui donnent encore raison. Groupe En Marche coupé en deux. François Bayrou hypertrophié. Et cohabitation de ministres aux egos puissants. 

Edouard Philippe ne commente pas. Mais il y a des silences qui parlent… Déjà une "Philippostalgie" ? Des députés, et pas seulement sur l’aile droite, regrette, la « relation singulière » qu’il avait su cultiver avec les Français pendant le confinement. Oubliant peut-être un peu vite qu’avec lui la réforme des retraites aurait eu sa part explosive de paramétrique ! Mais avec le temps, « va tout s’en va »… La mémoire politique est sélective.

Un ex-Premier ministre populaire dans la nature, donc... Beaucoup plus que son mentor ! Alain Juppé aurait pu devenir Président, mais il a buté sur la primaire de 2016. Comme une revanche par procuration, il prédit à son protégé un grand "destin" national. 

Tiens, la semaine dernière, Philippe l’appelle souvent pour prendre de ses nouvelles : « Comment allez-vous, "boss" (patron) ? » Réponse de Juppé : « Edouard, ne dîtes plus ça, vous êtes dans la cour des grands maintenant. » Mais "grand" comment ? Le maire du Havre est-il encore un atout dans le jeu de cartes d’Emmanuel Macron ou un joker qui déjà lui échappe ? 

Macron fut le Brutus de Hollande. "Edouard Philippe n’a pas ce logiciel", répètent ses proches. Interrogé lundi à la radio, sur son service militaire, il soulignait que ce fut « sa première expérience du commandement ». Philippe n’a que 49 ans. Et à Matignon hier comme au Havre aujourd’hui, il y a toujours un sabre dans son bureau.

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