Recadrage sévère des ministres hier, blues à l'UMP, couacs en tout genre... Nicolas Sarkozy resserre les boulons. Et si, avant de tancer ses ministres "la discipline ou la porte", si avant de vitupérer contre sa majorité, si avant de fusiller son premier ministre François Fillon, qui a le mauvais goût de le distancer largement dans les sondages, si avant de pester contre ces médias forcément ennemis ; Si après tout, Nicolas Sarkozy n'avait d'abord qu'à s'en prendre à lui-même ? En un an, le Président aura réussi à transformer l'or d'une victoire éclatante en plomb d'une confusion générale. La faute à qui ? A la croissance qui n'est pas là ? Peut-être... Au climat international anxyogène qui s'invite chaque jour dans nos vies que l'on croyait protégées d'à peu prés tout... y compris de la famine ? Certainement. A l'ossification d'une société française qui s'accrocherait, indécrottablement plantée sur ses ergots, à des supposés privilèges dans de supposés niches supposément chasse gardées ? Pourquoi pas... Mais tout celà n'est que la surface, l'écume des vagues. Car Nicolas Sarkozy a d'abord gâché son carré d'as par son attitude personnelle et la déception engendrée, autant par les promesses non tenues, dans ce domaine - ses prédécesseurs n'ont pas fait mieux - autant par les promesses non tenues que par le sentiment général d'avoir été floué sur l'homme Sarkozy. Puisque tout commence et finit par celà. La rencontre entre un dirigeant et son pays. Comme si les Français, râlant à la pompe à essence, à la caisse des supermarchés en ouvrant leur facture, comme si les Français, gardaient aussi dans un coin de leur tête l'idée qu'ils ont peut-être trahi sur la marchandise. Après une campagne parfaitement menée, une image de compétence, de force, de modernité infusée à longueur de journée, le candidat Sarkozy a fait place à un Président Sarkozy qui s'est laissé aller à ses pires travers, au point d'en faire oublier ses plus belles qualités. On ne reviendra pas sur le bling bling, les jogging à répétition, le luxe assumé, le lien de consanguinité avec le monde des affaires. Inutile. Tout cela est imprimé et pour longtemps dans une opinion qui dit sa colère mais aussi sa déception. Une opinion qui a fait et qui défait, un toboggan cruel pour le chef de l'Etat, des ministres qui regardent un peu eberlués leur champion subir un désamour inimaginable quelques mois auparavant, une droite qui doute, des municipales largement perdues et aujourd'hui, un exécutif et une majorité désarticulés. Une mécanique vieille comme le monde, dont les ressorts dépendent avant tout de celui qui occupe l'Elysée. La stratégie de reconquête est limpide. D'abord sortir très vite de la République des couacs. C'est ce qu'il a exigé hier. Nous verrons bien si le savon suffira pour calmer ministres mais surtout députés qui auront bien du mal à vendre, par exemple, les allocations familiales nouvelle formule sur leur terre d'élection. Ensuite, recomposer son image abimée. Le nouveau super conseiller Thierry Saussez, nommé hier, est là pour ça. Vendre le nouveau Sarkozy. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Enfin, s'accrocher à son talisman, le porter en bandoulière, la Réforme. La réforme essentielle, étant, on se permet de le rappeler, la réforme de soi-même. Finalement, Nicolas Sarkozy devrait se réjouir de toutes ces difficultés. Elles peuvent aussi être une formidable opportunité d'entrer enfin dans le costume de Président que les Français lui ont offert le 6 Mai dernier. De revenir enfin au réel. "Le réel, c'est quand on se cogne" expliquait Lacan. Nous y sommes. Une chronique de Françoise Degois .

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