On parle d'instaurer des pénalités financières pour punir l'absentéisme ! Cette possibilité existe déjà dans le règlement de l’Assemblée mais ce n’est pas forcement dissuasif, parce que cela ne porte que sur une petite parie de l’indemnité. Plus globalement quel serait l’intérêt d’attirer les députés dans l’hémicycle simplement pour faire acte de présence? On les verrait lire le journal ou faire leur courrier en séance ! Il ne faut pas s’étonner qu’au moment de débattre d’une loi assez technique comme celle qui concerne le téléchargement il n’y ait pas beaucoup de monde dans l’hémicycle. Plus préoccupant, en revanche est l’absentéisme invisible, celui du travail parlementaire de l’ombre, celui de la fabrication des lois et du contrôle de l’exécutif. Il y a de nouveaux droits pour le Parlement, avec notamment une plus grande place pour les lois d’origine parlementaire et plus de moyens de contrôle du gouvernement. On peut craindre que rien ne change parce que même avant ces nouveaux droits, les députés n’utilisaient pas, loin de là, toutes les possibilités qui leur étaient offertes. On en revient toujours à la même question. Les parlementaires français préfèrent être dans leur circonscription car ils se comportent comme des élus locaux. En réalité, les députés sont des élus de la nation qui ne devraient être mue que par leur mandat de législateur. Leur circonscription n’est que la manifestation du mode de scrutin. Les électeurs de leur terre d’élection ont des élus locaux, municipaux, départementaux et régionaux pour les représenter. Et nous revoilà au cumul des mandats ! Vous entendrez bien des responsables politiques vous dire que le cumul des mandats n’est pas le problème et, qu’au contraire, il ancre les députés dans la réalité de terrain. Premièrement un non-cumulard devrait quand même s’intéresser au terrain pour avoir une chance d’être réélu ! En suite, personne ne peut nier qu’être à la fois, conseiller général, ou a fortiori maire et député est chronophage. Enfin être élu local et député détourne forcement le parlementaire de l’intérêt national vers l’intérêt local. La grande majorité des membres de la commission Balladur sur la réforme des institutions préconisait un non cumul strict des mandats. Cela n’a pas été retenu parce que 90% des députés sont cumulards. En 1950 seuls 40% des députés avaient un autre mandat. Mais le cumul des mandats n’explique pas à lui seul ce qui s’est passé lors du vote de la loi Hadopi. Et d’ailleurs ce qui s’est passé n’est pas grave. C’est politiquement embarrassant pour le gouvernement mais, finalement, la loi sera votée, sans doute le 29 avril. Ce n’est pas scandaleux en soit. Le coup du rideau est une ruse, certes, une théâtralisation pas forcement dommageable au débat puisque depuis, on n’a jamais autant parlé du contenu de cette loi. Le groupe socialiste au Parlement, (qui est sans doute l’une des seules choses qui marche bien en ce moment au PS) a réussi un joli coup. Et l’on peut remarquer que les débats qui ont eu un réel retentissement dans l’opinion sont ceux qui ont été l’objet de coups de théâtre parlementaire pas très orthodoxe, que ce soit les montagnes d’amendements, les blocages divers et variés ou le cache-cache des députés : cela a été vrai pour le travail du dimanche, la loi sur l'audiovisuel ou les OGM. Le coup de théâtre fait partie de la tradition parlementaire mais le fait que le débat n’existe vraiment que lorsque la marche normale du Parlement est détournée, révèle la persistance de la faiblesse du pouvoir législatif en France.

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