Les dernières propositions de Nicolas Sarkozy ne suscitent pas autant de débats qu’en 2007. Et ce n’est pas à mettre sur le compte de l’égalité des temps de parole. Ça vient de loin. La stratégie de l’occupation médiatique par le déferlement d’annonces a vécu. Mais surtout, en cinq ans, la puissance des mots s’est heurtée aux limites du volontarisme. En 2009, par exemple, Nicolas Sarkozy a dit deux fois « les paradis fiscaux c’est fini ». Ce n’était pas pour mentir… La France est vraiment à la tête de la croisade contre les paradis fiscaux mais… à l’évidence, non, les paradis fiscaux, ce n’est pas fini ! De même, la politique de rénovation urbaine, c’est beaucoup d’argent mais ce n’est pas ce que le candidat de 2007 appelait un « plan Marshall ». En 2008 le Président lançait une « politique de civilisation » mais aucun ministre n’a ensuite inscrit son action dans cette « politique de civilisation »! On n’en a plus entendu parler. D’autres concepts forts, « la discrimination positive », la « laïcité positive», « la France des propriétaires » ont été abandonnés après avoir été proclamés. Les mots forts disparaissent ou qualifient des actions qui le sont moins ; prenons l’exemple du service minimum dans les transports.

Ça a été dit et ça a été fait !

Eh bien, pas vraiment. C’est une loi efficace, à laquelle d’ailleurs François Hollande n’ose pas s’attaquer mais c’est une loi de prévention des conflits. Ça n’a rien à voir avec un service minimum. Le terme « service minimum » est un terme juridique qui suppose la possibilité de réquisition. Quand on nomme mal les choses pour les gonfler, ça finit par se voir. Quand au moment de faire la taxe carbone, on dit « c’est aussi important que l’abolition de la peine de mort », on en subit forcément les conséquences lorsque la réforme est abandonnée. De même, Nicolas Sarkozy répète qu’il n’a jamais reculé sur rien ! Imaginez ce que pense un taxi parisien en entendant ça. Les taxis ont menacé de faire grève et la réforme des taxis, tant vantée, a été abandonnée. Petit à petit, le péremptoire s’est cogné à la réalité. Nicolas Sarkozy aurait pu éviter qu’il en soit ainsi. Etant pendant cinq ans dans l’action quotidienne, le Président aurait dû se mettre parfois en situation de dialogue. Ses mots se seraient alors naturellement ajustés par les bienfaits de la confrontation. Les chefs d’exécutifs anglais ou allemands répondent régulièrement de leurs mots et de leurs actes devant le parlement. Ils ont des porte-paroles officiels. Pas le président français. Sa parole n’est jamais contestée de front. Peu de conférences de presse, quasiment pas de vraies interviews. La communication des présidents français est une forme de monologue sécurisé qui sidère nos confrères européens. Au moment de retourner en campagne, cette parole est plongée dans le bouillonnement du débat mais elle y arrive fragilisée d’avoir été mise sous cloche, très critiquée, c’est vrai, mais de l’extérieur uniquement. Si Nicolas Sarkozy est battu, ce sera en partie à cause de la démonétisation de son verbe. S’il est réélu, ce sera pour la dernière fois et ce serait alors l’occasion d’enfin, moderniser la parole présidentielle.

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